Négociations sur le Brexit : "Dans tout divorce, tout le monde, y compris ceux qui ne voulaient pas divorcer, doit payer"

Yves Bertoncini, directeur de l'Institut Jacques-Delors, a détaillé sur franceinfo lundi la transformation du "mariage" entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, "en pacs", avec le Brexit. 

Les drapeaux britannique et européen. 
Les drapeaux britannique et européen.  (THIERRY CHARLIER / AFP)
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Les Britanniques et l'Union européenne entament lundi 17 juillet à Bruxelles le deuxième round des négociations sur le Brexit. De nombreuses questions se posent comme le sort des citoyens britanniques installés dans le reste de l'UE et des ressortissants européens installés au Royaume-Uni, mais aussi la facture à régler avant le départ ou la question des frontières, notamment en Irlande et à Gibraltar.

Pour Yves Bertoncini, directeur de l'institut Jacques Delors, "On va passer d'un mariage à un pacs, d'une certaine manière". Mais si solder les comptes actuels avec le Royaume-Uni n'est déjà pas simple, "il est beaucoup plus difficile d'entrevoir la négociation du statut futur", a-t-il estimé. Il "va falloir négocier un nouveau partenariat avec le Royaume-Uni. Il quitte l'Union européenne, pas l'Europe".

franceinfo : Les positions du Royaume-Uni et de l'Europe sont-elles difficilement réconciliables ?

Yves Bertoncini : Il faut respecter la volonté populaire britannique de sortir de l'UE, mais il ne faut pas oublier que les Européens n'étaient pas demandeurs de ce divorce. Ces négociations sont difficiles car comme dans tout divorce, il faut traiter d'enjeux tels que qui va payer quoi, et ça ne se passe que très rarement bien. Il y a aussi beaucoup de divisions du côté de Londres. Des divisions au sein du Parlement britannique, du gouvernement et du Royaume-Uni car les Écossais et Gallois avaient décidé en majorité de rester. Ce n'est pas tant la technicité du dossier, même si ce n'est déjà pas une mince affaire, mais le contexte politique dans lequel ces négociations se déroulent.

La facture du Brexit, estimée jusqu'à 100 milliards d'euros, est un point de blocage. Qui va payer ?

Dans tout divorce, tout le monde, y compris ceux qui ne voulaient pas divorcer, doit payer. L'UE va donc quand même devoir assumer certains coûts de ce divorce. Mais les Britanniques vont payer davantage. Si on devait, nous Européens, prendre la moitié des coûts, on répartirait la moitié de ces coûts à 27 et les Britanniques garderaient l'autre moitié pour eux tout seuls. Les Britanniques sont toujours membres de l'Union européenne pendant un an ou deux, ils doivent d'abord payer ce qu'ils doivent pendant cette période. Pendant cette période, on va aussi prendre des engagements, des projets vont être réalisés, les factures vont être payées un peu plus tard, veulent-ils les payer, dans quelles proportions ? Quand on discute d'argent on peut toujours arriver à mettre un curseur au milieu des deux positions de départ. Il est beaucoup plus difficile d'entrevoir la négociation du statut futur car on va passer d'un mariage à un pacs d'une certaine manière. Il va falloir négocier un nouveau partenariat avec le Royaume-Uni. Il quitte l'Union européenne, pas l'Europe. Mais avant d'arriver à cette phase-là, qui sera encore plus difficile, il faut quand même solder les comptes, traiter le statut des plus de trois millions d'Européens qui sont au Royaume-Uni et plus d'un million de Britanniques qui sont dans d'autres pays.

En quoi le statut des Européens expatriés pose-t-il problème ?

Si tout le monde voulait être raisonnable, ça serait facile de dire que ceux qui sont déjà là voient leurs droits respectés mais que de nouvelles règles s'appliqueront aux futurs qui voudraient venir. Le sentiment donné est que ces Européens sont pris en otage dans une négociation qui devrait se concentrer sur d'autres sujets. Le terme de round fait un peu penser à un combat de boxe, l'atmosphère dans la capitale britannique n'est pas très sereine. Ça ne sera pas une sortie immédiate, la seule condition à respecter est d'entrevoir ce que sera ce futur partenariat, on en est loin.

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