Elizabeth II favorable au "Brexit" : pourquoi le scoop du "Sun" ne vaut pas un penny

"Queen backs Brexit", titre en une le tabloïd, mercredi 9 mars. En français : "la reine soutient le 'Brexit'". Mais le palais de Buckingham a farouchement démenti et les informations semblent dater... de 2011.

La reine Elizabeth II à Londres, le 8 mars 2016.
La reine Elizabeth II à Londres, le 8 mars 2016. (CHRIS JACKSON / AFP)
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Scoop or not scoop ? "La reine soutient le Brexit", proclame le populaire quotidien britannique The Sun. Le tabloïd enfonce le clou avec cette phrase attribuée à la souveraine : "L'Union européenne va dans la mauvaise direction". Elizabeth II l'aurait lancée en 2011 à Nick Clegg, vice-premier ministre de David Cameron, chef des Libéraux-démocrates et "pro-européen passionné", selon le journal.

Les "révélations" du tabloïd tombent à pic, alors que le référendum sur la sortie ou non de l'Union européenne s'avère incertain et qu'Elizabeth II peut faire pencher la balance vers le non. Néanmoins, ces révélations sont fortement sujettes à caution pour plusieurs raisons.

La reine dément et porte plainte

Les médias britanniques adorent sonder les convictions supposées de la souveraine. Mais le palais de Buckingham a jugé que le journal le plus populaire du pays (plus de 2 millions d'exemplaires) était allé trop loin. D'où une réplique en deux temps. Les services de la reine ont d'abord rappelé "la neutralité politique" qu'observe la reine depuis 63 ans, même s'il y a des exceptions (elle avait ainsi laissé entendre qu'elle désapprouvait l'indépendance de l'Ecosse, lors du référendum organisé en septembre 2014). Ils ont aussi épinglé des "ragots fallacieux basés sur des sources anonymes". 

Puis, fait exceptionnel, ils ont porté plainte auprès du régulateur de la presse. Cette plainte se réfère à la première clause du code de bonne conduite qui prévoit que "la presse doit faire en sorte de ne pas publier des informations ou des photos qui sont fausses, trompeuses ou déformées, y compris dans les titres qui ne sont ensuite pas confortés par le texte".

Les révélations datent d'il y a cinq ans

Rapportés par des sources anonymes, ces propos n'ont pas été enregistrés et ne sont pas récents. Une source évoque une conversation remontant à 2011 entre la reine et Nick Clegg (c'est à ce moment-là qu'Elizabeth aurait dit que l'UE allait "dans la mauvaise direction").

Une autre source rapporte une conversation de la reine avec un groupe de députés datant "d'il y a quelques années lors d'une réception à Buckingham Palace" (elle aurait alors confié à des parlementaires : "Je ne comprends pas l'Europe"). Vrais ou faux, les propos n'ont pas été prononcés dans le cadre de l'actuelle campagne sur le "Brexit". Et, même s'ils ont effectivement été prononcés par la souveraine, ils ne signifient pas automatiquement qu'elle souhaite la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Le témoin principal dément aussi

Plus gênant, le centriste Nick Clegg ne se rappelle même pas de la conversation. "C'est n'importe quoi. Je n'ai aucun souvenir de cette conversation et ce n'est pas le genre de choses qui s'oublient", a tweeté l'ancien leader des Lib-Dems mardi 8 mars.

Les sources sont anonymes

Les deux phrases supposées favorables au "Brexit" prononcées par la reine sont rapportées par des sources anonymes. Difficile, donc, de vérifier si elles sont "hautement fiables" comme le prétend The Sun.

D'autant plus qu'en principe, les politiques ont interdiction de rapporter des conversations tenues avec la monarque. Mais cette règle souffre d'exceptions. "En septembre 2014, peu après le rejet de l’indépendance par les Ecossais, David Cameron avait été enregistré à son insu racontant que la reine avait 'ronronné' de bonheur en apprenant la victoire du 'non'. Le Premier ministre avait dû présenter ses excuses pour avoir rapporté involontairement une conversation privée avec la souveraine", rappelle Le Monde.