Brexit : le financement est "la question majeure" des négociations

Alors que les dicussions entre Européens et Britanniques patinent pour le Brexit, Christian Lesquesne, professeur de sciences politiques, explique qu'il "reste à régler la question du financement" qui peut déclencher "des controverses politiques très fortes". 

Les Européens et les Britanniques ont lancé lundi la troisième séance de négociations sur le Brexit qui doit durer jusqu\'à jeudi. 
Les Européens et les Britanniques ont lancé lundi la troisième séance de négociations sur le Brexit qui doit durer jusqu'à jeudi.  (EMMANUEL DUNAND / AFP)
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Les Européens et les Britanniques ont lancé lundi 28 août la troisième séance de négociations sur le Brexit qui doit durer jusqu'à jeudi. Pour l'instant, on est très loin d'aboutir à un compromis sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Les discussions patinent et prennent déjà du retard, de l'aveu même de Michel Barnier, le négociateur en chef du l'Union européenne. Christian Lequesne, professeur de sciences politiques à Sciences Po Paris, spécialiste des questions européennes, a estimé mardi sur franceinfo que le financement du Brexit est la "question majeure" des négociations.

franceinfo : Qu'est-ce qui bloque exactement ?

Christian Lesquesne : Depuis le début, les 27 disent aux Britanniques "nous voulons d'abord régler la question du divorce avant de parler de notre relation future" alors que les Britanniques souhaitent parler des deux à la fois. On n'est jamais sorti de cette difficulté. On veut parler à Londres de la relation qu'on aura après la sortie alors que les Européens disent "non, on règle d'abord la question du divorce".

Quelles sont les avancées depuis le début des négociations ?

Nous avons fait un pas sur un sujet majeur qui est la libre circulation des personnes et en particulier les statuts qu'auront les trois millions deux cent mille Européens qui travaillent et vivent en Grande-Bretagne. Mais il reste à régler la question de la frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, ainsi que la question du financement qui est majeure parce qu'on n'est pas d'accord entre les Européens et les Britanniques sur le montant.

Ce solde de tout compte reste un point épineux...

On parle de 40 à 100 milliards. Il semblerait que madame May [la chef du gouvernement conservateur] ait l'accord du Parti conservateur pour accepter un compromis à 40 milliards, mais il va de soi que cela ne sera pas acceptable du côté de l'Union européenne. Ce sera vraiment un sujet de controverse au Royaume-Uni parce que quand on parle de finances publiques, d'argent du contribuable, immédiatement on a des controverses politiques très fortes.

La date limite pour les négociations est mars 2019. L'objectif peut-il encore être tenu ?

Il peut, mais il n'est pas sûr du tout qu'il le soit. De toute manière, si on arrive à une décision au printemps 2019, le Brexit ne sera pas effectif dès le lendemain, il y aura une période transitoire. C'est ce que les Britanniques essayent de négocier car ils se rendent compte que leur attache au marché européen est tellement importante qu'ils ont besoin de cette période de transition. La décision du Brexit est une décision politique, la question qui était en jeu était le retour à l'indépendance, notre glorieuse histoire nationale, etc. Et maintenant, on découvre l'intendance...

Le Brexit aura-t-il vraiment lieu ?

Oui, je pense que le Brexit aura lieu. Je ne crois pas que les Britanniques, quel que soit le gouvernement, puissent revenir sur une décision qui a été validé par le peuple. La question n'est pas de revenir sur le principe mais quelles seront les conditions et les modalités. On voit bien que le rapport de force est du côté de l'Union européenne au fur à mesure qu'on rentre dans le détail des dossiers. Les effets négatifs du Brexit toucheront avant tout la Grande-Bretagne.