Si le nom de Bankia ne vous dit rien, retenez-le. Il pourrait bien mettre l'Espagne, quatrième économie de la zone euro, à genoux. Nationalisée le 9 mai, cette banque qui regroupe 10% des dépôts bancaires du pays a demandé (avec sa maison mère BFA) à l'Etat espagnol une aide supplémentaire de 19 milliards d'euros vendredi 25 mai. Lundi, son action s'est effondrée de 28% à l'ouverture de la Bourse de Madrid. Peut-elle entraîner tout le pays dans son sillage ?

Bankia a été créée fin 2010 en regroupant sept caisses d'épargne régionales mises en grande difficulté par l'éclatement de la bulle immobilière espagnole. Les fonds publics qu'elle demande sont destinés à couvrir les pertes liées à la dépréciation de ses actifs, immobiliers notamment. 

Problème : la somme est deux fois supérieure à celle prévue par le gouvernement espagnol, déjà confronté à une situation budgétaire critique. Pour éviter la banqueroute, le gouvernement va devoir marcher sur des œufs. Son parcours du combattant en trois étapes.

• Problème n°1 : trouver les fonds pour sauver Bankia

Six mois après son élection, le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy doit avaler une belle couleuvre. Celui qui promettait de ne jamais donner aux banques l'argent du contribuable doit non seulement se résoudre à injecter des milliards d'euros directement au capital de Bankia (et non pas sous forme de prêts), mais en plus dans des proportions bien plus importantes que prévu.

L'argent est censé venir du Frob (Fonds de restructuration ordonnées du secteur bancaire), le fonds de sauvegarde espagnol, mais celui-ci n'a plus qu'environ 5 milliards dans ses caisses. Madrid va donc devoir emprunter. Mais comment ? Passer par les marchés serait très coûteux : les taux auxquels le pays peut emprunter en ce moment sont très élevés. Selon une source gouvernementale citée par Reuters, une solution inédite serait à l'étude : fournir à Bankia des bons du Trésor espagnol en échange de parts dans l'entreprise, que Bankia pourrait ensuite utiliser comme garantie auprès de la Banque centrale européenne (BCE) pour obtenir des liquidités. 

Une façon de contourner les marchés... et de faire indirectement financer le sauvetage par la BCE. Encore faut-il convaincre cette dernière, qui, comme le rappelle le Financial Times, risque de se montrer très réticente à une telle opération.

• Problème n° 2 : maîtriser l'hémorragie du système bancaire

Sans compter que le choses pourraient en pas s'arrêter là : Bankia ne serait pas la seule banque à avoir besoin d'argent frais. Les nouvelles règles établies par le gouvernement obligent l'ensemble des établissements financiers à augmenter leurs réserves. Si les trois plus grosses banques du pays, Santander, BBVA et CaixaBank, devraient y parvenir en puisant dans leurs bénéfices, d'autres, moins solides vont probablement, réclamer l'aide de l'Etat.

Selon le quotidien de centre-droit El Mundo, la facture pourrait ainsi s'élever à 30 milliards pour trois autres établissements placés sous la tutelle publique en raison de leurs grandes difficultés : Catalunya Caixa, Novacaixa Galicia et Banco de Valencia.

Le gouvernement a chargé deux cabinet indépendants, Oliver Wyman et Roland Berger, de réaliser un audit exhaustif de ses banques, dont l'un des objectifs est de déterminer les sommes nécessaires pour couvrir les besoins de financement de chaque établissement. Pour assainir la situation, Madrid envisagerait de créer un grand groupe bancaire public qui rassemblerait ces entités en difficulté, avec l'idée de les reprivatiser plus tard, quand le contexte sera plus favorable. 

• Problème n°3 : éviter le scenario irlandais

Mais à ce rythme, beaucoup craignent que le gouvernement espagnol ne puisse plus suivre. Dans ce cas de figure, l'Europe deviendrait le seul recours. "L'Espagne pourrait demander de l'aide au Fonds européen de stabilité financière (FESF). C'est une possibilité", a admis une source gouvernementale espagnole à El Mundo.

Nombre d'analystes évoquent ouvertement un scénario à l'irlandaise : entre fin 2008 et début 2009, Dublin avait injecté plusieurs milliards d'euros dans l'Anglo Irish Bank, elle aussi plombée par l'explosion d'une bulle immobilière. Deux ans plus tard, dépasséepar le soutien à d'autres établissements bancaires, le pays avait dû demander l'aide du FMI et de l'Union européenne.

Lundi, le chef du gouvernement Mariano Rajoy a tenté d'étouffer les rumeurs en affirmant qu'il n'y aurait "aucun sauvetage [extérieur] du secteur bancaire". En espérant que cette fois, l'avenir lui donnera raison.