L'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher est morte, a annoncé son porte-parole, lundi 8 avril. Selon la chaîne Sky News (en anglais), la "dame de fer", âgée de 87 ans, a succombé à une attaque. "C'est avec une grande tristesse que Mark et Carol Thatcher ont annoncé que leur mère, la Baronne Thatcher, s'est éteinte paisiblement après une attaque ce matin", a précisé Tim Bell.

La reine Elizabeth II s'est dite "triste d'apprendre la mort de la Baronne Thatcher". "Nous avons perdu un grand dirigeant, un grand Premier ministre et une grande Britannique", a réagi le Premier ministre, David Cameron, dans un communiqué.

François Hollande a salué, dans un communiqué, "une grande personnalité qui aura profondément marqué l'Histoire de son pays", soulignant qu'avec "des convictions conservatrices qu’elle assumait pleinement, elle fut soucieuse du rayonnement du Royaume-Uni et de la défense de ses intérêts". Le dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a rendu hommage à une "grande personnalité politique" qui "restera dans l'histoire".

L'Union Jack a été abaissé à mi-mât, au 10, Downing Street, précise la BBC (en anglais). Les funérailles de la "dame de fer", qui n'aura pas d'obsèques nationales, auront lieu à la cathédrale Saint-Paul de Londres.

La "dame de fer", onze années de pouvoir

Margaret Thatcher était réputée pour son refus du compromis, son conservatisme social et son libéralisme économique. Elle naît le 13 octobre 1925, à Grantham (centre de l'Angleterre). Elevée par un père méthodiste, elle devient avocate après son mariagé en 1951 et rejoint les conservateurs. Elle connaît une rapide ascension politique : élue à la Chambre des communes en 1959, elle devient ministre de l'Education entre 1970 et 1974, puis prend la tête des Tories l'année suivante.

Margaret Thatcher est ovationnée, lors d'une conférence du Parti conservateur, le 13 octobre 1989. 
Margaret Thatcher est ovationnée, lors d'une conférence du Parti conservateur, le 13 octobre 1989.  (REUTERS)

Elle devient la première femme à s'installer au 10, Downing Street, en 1979. Margaret Thatcher est à ce jour la seule femme britannique à avoir accédé à la tête du gouvernement, où elle a d'ailleurs établi un record de longévité. Au pouvoir jusqu'en 1990, elle mène les conservateurs à trois victoires électorales successives.Pour relancer l'économie du "malade de l'Europe" à l'époque, elle privatise à tout-va, baisse les impôts et les dépenses publiques et muselle les syndicats. Mais la barre des 3 millions de chômeurs est dépassée alors que la grève des mineurs, au début des années 80, se heurte à son intransigeance.

Inflexible, encore et toujours. Elle se rend célèbre pour son cri du coeur "I want my money back " ("Je veux qu'on me rende mon argent"), lancé à ses partenaires européens, en 1979. Les Irlandais se souviennent également de l'affaire Bobby Sands, un nationaliste de l'IRA mort en 1981 dans une prison de Belfast, après une grève de la faim de 66 jours. La "dame de fer" cherche à rétablir le prestige de l'ex-Empire britannique, avec la reconquête des îles Malouines en 1982. Intime de Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, elle joue aussi un rôle dans la fin de la Guerre froide.

Le rejet d'un impôt précipite sa chute

Impopulaire et décriée, elle chute en 1990, lors du rejet de la "poll tax", un impôt local. Contestée au sein même du parti conservateur, elle démissionne, les larmes aux yeux. La baronne Thatcher se retire alors dans le quartier cossu londonien de Belgravia pour rédiger ses mémoires et abandonne la politique en 2002 pour des raisons de santé.Sa fille, Carol Thatcher, révèle en 2008 que sa mère souffre de démence sénile. Depuis, elle ne faisait plus d'apparitions en public, et avait manqué la réception organisée à Downing Street par le Premier ministre, David Cameron, pour son 85e anniversaire en 2010, ainsi que les célébrations du jubilé de la reine Elizabeth II en 2012, et les Jeux olympiques de Londres.

Le "thatcherisme" a marqué les politiques menées par ses successeurs jusqu'à aujourd'hui."Que l'on aime Mme Thatcher ou non, elle a changé l'économie britannique pour toujours. Et elle a aussi changé la façon dont les Britanniques pensent à l'argent, au capitalisme et à l'entreprise. Cameron comme Blair en ont hérité", explique Tony Travers, enseignant à la London School of Economics.