L'ancien président polonais Lech Walesa a-t-il été un agent communiste ?

Le chef historique du syndicat Solidarnosc dément avoir collaboré activement avec la police politique communiste.

Lech Walesa, prix Nobel de la paix 1983, assiste au sommet des lauréats du prix Nobel de la paix, à Barcelone (Espagne), le 14 novembre 2015.
Lech Walesa, prix Nobel de la paix 1983, assiste au sommet des lauréats du prix Nobel de la paix, à Barcelone (Espagne), le 14 novembre 2015. (MANU FERNANDEZ / AP / SIPA)
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Son pseudonyme était "Bolek". L'ancien président polonais Lech Walesa, chef historique du syndicat Solidarnosc, est de nouveau accusé, jeudi 18 février, d'avoir collaboré dans les années 1970 avec les services secrets communistes, le Sluzba Bezpieczenstwa (SB). Ses accusateurs affirment être en possession de document qui le prouvent. L'intéressé dément fermement.

Comment a débuté l'affaire ?

L'éventuelle collaboration de Lech Walesa est le sujet d'incessants débats politiques en Pologne. Les premières accusations contre le chef historique de Solidarnosc ont été lancées en 1992 par le ministre de l'Intérieur de l'époque, actuel ministre de la Défense et proche collaborateur de Jaroslaw Kaczynski, chef du parti conservateur Droit et Justice (PiS), aujourd'hui au pouvoir en Pologne.

En 2000, un tribunal spécial, intitulé "cour de lustration", a blanchi Lech Walesa une première fois, en affirmant que les archives le concernant avaient été falsifiées. Mais en 2008, l'Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) a publié un livre dans lequel il affirme que Lech Walesa a bien été enregistré comme agent secret en décembre 1970, mais qu'il a fait disparaître une partie des preuves lorsqu'il était président.

Pourquoi ce dossier ressort-il aujourd'hui ?

C'est la veuve de Czeslaw Kiszczak, chef des services secrets communistes dans les années 1980, qui a relancé la machine quand elle a voulu vendre des documents inculpant Lech Walesa à l'Institut polonais de la mémoire nationale (IPN), pour payer un monument funéraire à son mari, mort en 2015.

"Nous n'avons disposé jusqu'à présent que de photocopies ou d'extraits de registres. Si aujourd'hui on a le dossier complet avec des documents originaux, l'affaire sera close définitivement", a déclaré à la presse l'historien Andrzej Paczkowski, spécialiste de l'époque communiste et ancien responsable de l'IPN.

Quels documents l'accusent exactement ?

Lukasz Kaminski, chef de l'Institut polonais de la mémoire nationale (IPN), qui instruit les crimes nazis et communistes, a évoqué jeudi des documents découverts au domicile du défunt général Czeslaw Kiszczak. "Dans son dossier personnel, il y a une enveloppe avec un engagement manuscrit à la collaboration, signé Lech Walesa 'Bolek'. Parmi les documents que contient ce dossier, il y a aussi des reçus d'argent manuscrits, signés du pseudonyme 'Bolek'",détaille Lukasz Kaminski.

Dans ce dossier de travail, qui compte 279 documents et couvre la période 1970-1976, "on trouve de nombreux rapports et des comptes rendus des rencontres des membres de la SB avec ce dernier". Un expert ayant examiné ces documents a jugé qu'ils étaient authentiques, a encore dit le chef de l'IPN sans se prononcer sur leur contenu qui sera analysé plus tard.

Que répond Lech Walesa ?

"Ces gens déterrent même le cadavre de Kiszczak pour lutter contre moi", a écrit l'ancien président polonais, en voyage au Venezuela. "Il ne peut exister de documents venant de moi. S'ils existaient, on n'aurait pas besoin de les fabriquer. Je vais le prouver en justice", fait-il valoir sur son blog. Lech Walesa, 72 ans, avait déjà publiquement reconnu avoir signé "un papier" à la police, après l'une de ses interpellations en tant qu'ouvrier opposant au régime, mais il a toujours qualifié d'"absurde" toute accusation de collaboration réelle avec la police communiste.

Lech Walesa avait d'ailleurs intenté plusieurs procès en diffamation à ceux qui l'accusaient de collaboration avec les services communistes, y compris au président Lech Kaczynski, mort dans l'accident de son avion à Smolensk le 10 avril 2010. Il avait retiré sa plainte juste après la catastrophe. Le prix Nobel avait même réclamé en janvier un débat public pour défendre sa réputation face à ses détracteurs, mais l'institut IPN qui devait l'organiser en mars l'a annulé, faute d'un accord sur la formule proposée.