"Les choix que nous allons faire vont définir l'avenir du pays pour les prochaines décennies", a prévenu Lucas Papademos, en direct à la télévision nationale, le 11 avril. Le Premier ministre grec a des raisons de s'inquiéter. Dimanche 6 mai, le pays est appelé à désigner 300 nouveaux membres du Parlement lors d'élections législatives anticipées, les premières depuis le début de la crise financière. 

Mais à trois jours du scrutin et avec 32 partis en lice, les résultats restent incertains et pourraient mettre fin à l'habituelle bipolarisation entre le Pasok (socialistes) et la Nouvelle Démocratie (ND, conservateurs). FTVi vous explique les enjeux de ces élections qui menacent l'équilibre politique d'un pays déjà plongé dans la crise économique. 

• Crise financière et colère des Grecs

Une minuscule lueur d'espoir ? Mercredi 2 mai, Standard & Poor's a relevé d'un cran la note de la dette souveraine de la Grèce, à CCC, assortie d'une perspective stable. Mais le pays est loin d'être sorti d'affaire. L'agence de notation précise que les efforts d'Athènes pour redresser ses finances pourraient être ruinés par d'autres facteurs. Parmi eux, l'issue imprévisible des élections du 6 mai et la colère grandissante des Grecs face à l'austérité.

La tension sociale atteint son paroxysme dans le pays. Mardi 1er mai, des milliers de personnes ont défilé à Athènes. Ils entendaient protester contre l'austérité validée par le gouvernement d'union nationale, composé du Laos (parti d'extrême droite) et des deux principaux partis, la ND et le Pasok. "Les Grecs sont remontés contre [ces deux dernières formations]" et les tiennent "pour responsables de la situation actuelle du pays", souligne le politologue, George Sefertzis, dans L'Express. Les derniers sondages, publiés quinze jours avant le scrutin, leur sont peu favorables. 

• L'immigration s'invite dans la campagne

"On traverse une crise financière sans précédent, notre société est fragmentée", résume Nicos Demertzis, chercheur en sciences politiques à l'université d'Athènes, dans le New York Times (article en anglais). Un climat fertile aux thèses nationalistes. L'immigration est ainsi devenue un thème incontournable de la campagne, à tel point que le Pasok et la ND virent eux aussi "à droite toute", estime le NYT

Le quotidien grec Khatiramini (article traduit ici) acquiesce. Il rappelle que le ND a intégré "dans ses rangs un des membres les plus purs de l’extrême droite", à savoir Makis Voridis, ministre des Transports. Et s'en prend à "l'angélisme" de l'extrême gauche. Pour le journal, ces comportements n'ont fait que favoriser la montée de l'extrême droite et légitimer son discours. 

• Aube Dorée, des néonazis aux portes du Parlement

Les sondages favorables à Aube Dorée (Chryssi Avghi) en attestent. Ce petit parti néonazi et xénophobe est quasiment assuré de recueillir plus de 3% des voix - le minimum requis - et, ainsi, de faire son entrée au Parlement. 

La formation, jusque-là considérée comme un groupuscule, s'est emparée du thème de l'immigration. "Les militants sont quotidiennement sur le terrain (...) et organisent des manifestations dans les quartiers les plus défavorisés", raconte Slate.fr. Ils mènent aussi des "actions commando envers les passants 'bronzés'". Comprendre attaques au couteau contre les immigrés.

Cette rhétorique ne fait pas fuir les électeurs. Au contraire : certains, se sentant délaissés, sont séduits par le discours de ce parti qui prône une "Grande Grèce". La situation fait craindre un scénario "à la Weimar", comme dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, note le blog Hellas ! Hélas... de Mediapart. A cette époque, l'instabilité politique et les échecs de l'Etat en place avaient favorisé l'émergence du nazisme. 

• Le risque d'un pays sans gouvernement

Montée des extrêmes, affaiblissement des deux grands partis, les innombrables formations susceptibles de faire leur entrée au Parlement : tous ces facteurs pourraient rendre difficile la formation d'un gouvernement viable après le 6 mai. D'abord, la ND et le Pasok ne sont pas assurés de la majorité absolue. Selon les sondages, ils peuvent tout juste espérer une faible majorité. Les différents camps politiques s'opposent également sur la politique économique à suivre. Comme le souligne La Tribune.fr, une alliance entre eux semble donc "impensable" après le 6 mai. 

Mercredi 2 mai, le Premier ministre grec a demandé au prochain gouvernement d'appliquer les réformes votées ces derniers mois. Ses appels risquent toutefois de rester lettre morte. Le 7 mai, la Grèce pourrait se retrouver sans vrai gouvernement. Ce qui n'arrangera rien à la crise financière et sociale.