Destruction de la maison natale d'Hitler : "On ne peut pas annoncer qu'on rase sans évoquer le moindre projet"

"On assiste à une certaine cacophonie en Autriche," a expliqué sur franceinfo Jérôme Segal, chercheur à l’Institut Ludwig Boltzmann d’histoire sociale à Vienne, au lendemain de l'annonce de la destruction de la maison natale d'Hitler. Pour les Autrichiens, "on ne peut pas simplement tirer un trait sur cette maison". 

La stèle où est écrit 'Pour la paix, la liberté, la démocratie. Plus jamais le fascisme. Souvenons-nous des millions de morts'.
La stèle où est écrit 'Pour la paix, la liberté, la démocratie. Plus jamais le fascisme. Souvenons-nous des millions de morts'. (JOE KLAMAR / AFP)
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La maison natale d’Hitler en Autriche, inoccupée depuis 2011, va être rasée, a annoncé lundi 17 octobre le ministre de l’Intérieur. A la place, un bâtiment administratif ou éducatif pourrait être érigé, mais rien n’est précisément défini pour l’instant.

"On assiste à une certaine cacophonie en Autriche. Hier (lundi 17 octobre), c’est un peu rapidement, que le ministre de l’Intérieur a annoncé que la maison serait rasée, sans évoquer le moindre projet, alors que c’est vraiment ce qui est important", a estimé mardi sur franceinfo Jérôme Segal, chercheur à l’Institut Ludwig Boltzmann d’histoire sociale à Vienne. Pour lui, "l’Autriche a du mal à se décider" sur ce qu'elle veut faire de cette maison.

franceinfo : Quel est l'enjeu aujourd'hui autour de la maison d'Hitler ?

Jérôme Segal : L’important, c’est que l’Autriche puisse disposer, avec cette maison, d’un lieu où l’on soit certain qu’il n’y aura pas de néonazis qui vont se réunir en pèlerinage. C’est la difficulté. En 1989, il y a déjà eu une première stèle qui a été installée, car jusqu’à cette époque beaucoup de néonazis ou de nostalgiques du Troisième Reich venaient là. Il y avait un certain commerce touristique qui avait vu le jour. Depuis 1989, on peut voir une stèle avec écrit 'Pour la paix, la liberté, la démocratie. Plus jamais le fascisme. Souvenons-nous des millions de morts'. Mais aujourd’hui, avec ce projet, on voit que l’Autriche a du mal à se décider.

Que peut faire l'Autriche de cette maison ?

Les experts ont recommandé de modifier de fond en comble l’allure de cette maison, a priori pour y créer un centre, ça pourrait être une maison de la responsabilité. Mais curieusement, la veille du jour où l’expropriation allait être décidée, le ministre a dit simplement 'On va raser la maison'. Et là, ça a suscité quelques émois, car il y a beaucoup de gens en Autriche qui pensent qu’on ne peut pas simplement tirer un trait sur cette maison sans dire ce qu’on va faire à la place.

Les Autrichiens ont-ils du mal à solder le passé nazi ?

En rigolant, les Autrichiens disent souvent qu'Hitler était allemand, et que Beethoven était autrichien. En fait c’est l’inverse, comme tout le monde le sait. Hitler était bien autrichien. L’Autriche a besoin de faire face à ce passé, et aussi, au fait que les Autrichiens étaient largement sur-représentés dans l’appareil nazi, à tous les niveaux. Dans un pays où 49,7% des gens, au deuxième tour des élections présidentielles ont voté à l’extrême droite, toutes ces questions, notamment le lien entre le parti actuel d’extrême droite et l’ancien parti nazi, sont des questions qui sont à fleur de peau.

Jérôme Segal : "L’important, c’est que l’Autriche puisse disposer, avec cette maison, d’un lieu où l’on soit certain qu’il n’y aura pas de néonazis qui vont se réunir en pèlerinage"

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