Mauvaise nouvelle pour la chancelière allemande à seize mois des élections générales où elle entend briguer un troisième mandat. Son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), a subi dimanche 13 mai une cuisante défaite lors des élections régionales dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. La formation a perdu 9 points par rapport à 2010 et signe son plus mauvais résultats depuis 1945 dans ce land, en ne recueillant que 25,7% des suffrages.

En face, les sociaux-démocrates du SPD obtiennent 38,2% des voix et devraient être en mesure de former une majorité stable avec les Verts, crédités de 12,1%. Les libéraux du FDP, membres de la coalition gouvernementale, recueillent pour leur part 8,5% des suffrages et effectuent leur retour au sein de l'assemblée régionale. Le nouveau Parti des pirates poursuit sa percée : il obtient 7,8% des voix et fait son entrée dans un quatrième parlement régional.

• Pourquoi le scrutin était-il important ? 

Cette élection régionale était le dernier scrutin avant la tenue d'élections générales en 2013. Ce désaveu intervient aussi une semaine après un échec de la coalition conservateurs-libéraux dans un autre land, le Schleswig-Holstein. 

Avec ses 18 millions d'habitants, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie est le land le plus peuplé d'Allemagne. Cet Etat constitue également le cœur industriel du pays, avec des villes comme Cologne et Düsseldorf. La dette publique y atteint 180 milliards d'euros. 

• Coup dur pour la politique de Merkel

Cette débâcle des conservateurs sonne comme un avertissement pour Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005 et réélue en 2009. Les sociaux-démocrates ont fait campagne sur une critique de la politique rigoriste voulue par la chancelière allemande. En face, le candidat conservateur et ministre de l'Environnement, Norbert Röttgen, s'est lui recentré sur la consolidation budgétaire. De plus, le revers intervient dans un contexte de tensions au sein de l'Union européenne, où plusieurs pays font face à une crise de la dette. Le scrutin pourrait donc fragiliser la position du gouvernement allemand qui continue de faire pression pour une discipline budgétaire renforcée, ce qui n'est pas l'avis de la France, de la Grèce ou de l'Italie.

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié lundi de "défaite douloureuse et amère" la débâcle de son parti lors de ce scrutin régional, mais a assuré que sa politique européenne n'en serait "pas affectée". Elle a réaffirmé qu'il n'y avait "pas de contradiction entre une politique budgétaire solide et la croissance". Evoquant sa rencontre mardi avec François Hollande, la chancelière a ajouté : "Personne n'a rien contre la croissance, la question est, que cela signifie-t-il pour les dettes".

• Hannelore Kraft, nouvelle rivale

Elle est la gagnante de ce srutin... et le nouvel adversaire politique d'Angela Merkel. Au contraire des conservateurs, la sociale-démocrate Hannelore Kraft a proposé, durant cette campagne, une approche plus progressive de la réduction de la dette, insistant sur la nécessité d'investir dans la ville, l'éducation. Ce qui lui vaut le surnom de "reine de la dette", par ses détracteurs, raconte Le Figaro, qui lui consacre un portrait lundi (article abonné).

Pour le quotidien, "l'Allemagne compte [désormais] une nouvelle Mutti [surnom de Merkel] dans la Ruhr". Tout au long de la campagne, Hannelore Kraft, cette économiste de formation, qui se définit comme une "enfant de la Ruhr", a joué sur la proximité avec les habitants, leur racontant notamment les années de chômage de son mari. Son authenticité a payé.  

• Défaite et démission

Le chef de file de la CDU dans cette région, le ministre fédéral de l'Environnement, Norbert Röttgen, a immédiatement reconnu son échec dans la soirée. "Cette défaite est amère, nette et elle fait très mal. C'est la défaite de la CDU et avant tout ma défaite", a-t-il déclaréannonçant dans la foulée sa démission de la direction de la CDU régionale.

• Un impact limité ? 

Si la suprématie d'Angela Merkel est ébranlée par le vote, les analystes estiment toutefois que l'impact des résultats devrait rester limité. En effet, la chancelière jouit toujours d'une grande popularité personnelle. Selon un sondage effectué pour l'hebdomadaire allemand Stern, 59% des Allemands refusent des mesures pour soutenir la croissance. La chancelière devrait toutefois s'exprimer sur ces résultats, ce lundi 14 mai, à 11 heures.