Ces villes européennes qui ne peuvent plus voir les touristes en peinture

Certaines villes touristiques européennes sont victimes de leur succès et cherchent désormais des solutions contre les nuisances occasionnées.

Chaque année, près de 25 millions de touristes viennent visiter Venise.
Chaque année, près de 25 millions de touristes viennent visiter Venise. (LUIGI COSTANTINI / AP / SIPA )
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Trop de touristes tuent la ville. A Berlin, Venise ou Barcelone, sous la pression des habitants, les autorités ont dû prendre des mesures antitouristes afin de redonner un semblant de tranquillité à des habitants à bout de nerfs. Car le tourisme de masse présente de nombreux désavantages. De Barcelone à Venise, francetvinfo s'est intéressé à trois villes qui ne peuvent plus voir les touristes en peinture.

A Berlin, le ras-le-bol des valises à roulette

En Allemagne, Berlin voit débarquer toujours plus de touristes. En quelques années, la capitale de la culture alternative est devenue la troisième ville la plus visitée d’Europe après Paris et Londres. Chaque week-end, des milliers d'"easyjeteurs" – du nom de la compagnie anglaise low cost – posent leurs valises dans la ville allemande pour faire la fête et les Berlinois subissent de plein fouet les inconvénients du tourisme de masse.

Les "easyjeteurs" sont même devenus un sujet politique. Comme le raconte Slate, la maire de l’arrondissement de Kreuzberg-Friedrichshain mène une fronde antitouristes en dénonçant "le bruit des valises à roulettes la nuit" qui empêchent les administrés de dormir. Et l'élue écologiste de fustiger aussi les jeunes clients des auberges de jeunesse "qui rentrent ivres et vomissent devant les portes d'immeubles". Elle déplore notamment la formation d'une "zone de fête". Longue d’un kilomètre entre Kottbusser Tor et Warschauer Strasse, elle est devenue le lieu de prédilection des jeunes touristes. En effet, c'est là que se concentrent restaurants, bars et clubs.

Le tourisme participe aussi à l’explosion des loyers et favorise la commercialisation du quartier. Berlin n’a cessé d’augmenter son parc hôtelier et l’offre locative s'est raréfiée, s’accompagnant d’une flambée des prix, rapportent Les Inrocks. Près de 15 000 logements berlinois sont ainsi soustraits du marché pour être loué aux touristes. Sous la pression des locaux et pour tenter de contrer la flambée des prix, une loi interdit désormais la transformation de logements vacants en locations meublées touristiques.

A Barcelone, l'overdose du tourisme de "cuite"

En Espagne, en l'espace de deux décennies, Barcelone est devenue une destination touristique de premier plan. Entre 1990 et 2012, la capitale de la Catalogne a vu son nombre de visiteurs annuels passer de 1,7 million à 7,4 millions. En revanche, les Barcelonais sont exaspérés par ce qu'ils surnomment le "tourisme alcoolique".

D'après Libération, les riverains craquent face à ces jeunes venus le plus souvent du Royaume-Uni pour faire la fête le temps d'un week-end. Ainsi les fêtards s'entassent à plusieurs dans des appartements résidentiels généralement sous-loués pour quelques jours, et plutôt que de profiter de la vie culturelle barcelonaise, ils déambulent manifestement éméchés dans les rues, causant nuisances sonores et olfactives. "Notre quartier est devenu un dépotoir, un lieu de vomissures, un réduit d'incivisme", résume Oriol Casabella, une habitante, dans Libération

En août, un incident à mis le feu aux poudres : dans le célèbre quartier de La Barceloneta, qui longe la mer à côté des bars, trois Italiens soûls et complètement nus ont déambulé dans les rues du quartier, pénétrant même dans un supermarché. 

Excédés, près de 5 000 résidants du quartier sont alors descendus dans les rues, dénonçant le comportement des touristes fêtards qui multiplient les incivilités et appelant les élus municipaux à réagir.

La municipalité a juré de multiplier les patrouilles de police. L’amende pour ceux qui se promènent torse nu s’élève désormais à 300 euros et pour lutter contre les sous-locations illégales, qui ont vu leur nombre exploser, les autorités promettent des mesures drastiques et des amendes d'au moins 9 000 euros pour les bailleurs peu scrupuleux. 

A Venise, le mal des paquebots

En accueillant, en moyenne, 25 millions de touristes par an pour 50 000 habitants, Venise, en Italie, attire beaucoup trop de visiteurs. D'autant que la ville, construite sur pilotis. La "Sérénissime" a du mal à assumer les charges matérielles et logistiques d'un tel afflux de population et Venise se détériore petit à petit, explique Slate. Surtout, pendant des années, les paquebots sont venus amarrer directement au cœur de la ville, avec à leur bord des centaines de milliers de voyageurs.

Mais les autorités se sont décidées, cet été, à interdire l'entrée des plus grands paquebots de croisière (ceux de plus de 96 000 tonnes) dans la lagune, pointant les dommages irréversibles causés à la "Cité des Doges" par le trafic croissant de navires de plaisance. Cela faisait longtemps que les résidents et les écologistes faisaient pression pour dénoncer les nuisances engendrées par un trafic intense : air pollué à cause du fioul et des fumées des navires, vagues qui sapent les fondations de la ville et minent les quais... Cette mesure devrait faire perdre 180 accostages environ par an, rapporte Ouest-France.

Reste que les "géants des mers" ne sont pas les seuls à se rendre à Venise et les canaux et la lagune ne sont pas près d'être désertés pour autant.