"Une centaine de Molenbeek" en France : malaise à gauche après les propos de Kanner

Le ministre de la Ville a estimé "qu'une centaine de quartiers en France" présentaient "des similitudes potentielles avec Molenbeek". Des propos qui gênent la gauche, et dont se félicitent la droite et l'extrême droite. 

Patrick Kanner, le 17 novembre 2015 à Saint-Denis.
Patrick Kanner, le 17 novembre 2015 à Saint-Denis. (THOMAS SAMSON / AFP)

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Une comparaison qui divise. Patrick Kanner a estimé, dimanche 27 mars, qu'une "centaine de quartiers en France" présentaient "des similitudes potentielles avec Molenbeek", la commune bruxelloise qui a acquis une réputation de fief jihadiste depuis les attentats de novembre.

Une sortie qui agite la gauche, mais qui est soutenue par l'extrême droite.

Une centaine de Molenbeek en France, selon Kanner

Une semaine à peine après les attentats de Bruxelles, le ministre de la Ville était interrogé sur les quartiers des villes de France qui pourraient ressembler à la Molenbeek, la commune de l'agglomération de Bruxelles au cœur des enquêtes sur les filières jihadistes. "Combien y a-t-il de Molenbeek aujourd'hui en France ?" a ainsi demandé une journaliste lors du "Grand rendez-vous" Europe 1–i-TéléLe Monde. Patrick Kanner a d'abord répondu en expliquant ce qu'est à ses yeux cette commune bruxelloise, d'où provenaient plusieurs membres des commandos des attentats du 13 novembre en France. "Molenbeek c'est quoi ? C'est une concentration énorme de pauvreté et de chômage, c'est un système ultra-communautariste, c'est un système mafieux avec une économie souterraine, c'est un système où les services publics ont disparu ou quasiment disparu", a égrené le ministre.

"Il y a aujourd'hui, on le sait, une centaine de quartiers en France qui présentent des similitudes potentielles avec ce qui s'est passé à Molenbeek", a-t-il finalement lancé. 

Jean-Christophe Cambadélis prend ses distances

La sortie du ministre a passablement irrité une partie de la gauche. Au "Grand jury" RTL-LCI-Le Figaro, Julien Dray, conseiller régional PS d'Ile-de-France, a appelé à ne pas céder à des formules faciles qui "stigmatisent". Jean-Christophe Cambadélis a lui aussi pris ses distances, évoquant "des poches", "des immeubles" et "des rues" présentant des "problèmes" similaires à Molenbeek, mais "pas de quartiers" entiers. "Moi, je ne suis pas pour ce discours", a rajouté le premier secrétaire du PS. 

La droite et l'extrême droite approuvent

Florian Philippot, vice-président du FN, a estimé lundi que Patrick Kanner était "lucide". "C'est donc ça qui fait polémique au PS. Pour une fois qu'on a un ministre, M. Kanner, qui enlève le voile d'aveuglement qu'il a devant les yeux et la bouche, qu'il dit une vérité un peu lucide, il faut qu'au PS on lui tombe dessus", a critiqué le conseiller régional d'Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne sur BFMTV.

Une analyse partagée par Hervé Mariton. Le député LR de la Drôme a lui aussi estimé sur France Info que "Kanner a le mérite d'un diagnostic lucide sur une situation réellement dangereuse".

"On peut dire qu'il y a des quartiers qui sont des zones de non-droit en France" a reconnu sur Europe 1 Stéphane Beaudet, président de l'Association des maires de l'Ile-de-France. Mais le maire LR de Courcouronnes (Essonne) a également trouvé cette formule exagérée et il estime que "c'est aller un peu vite en besogne (...). Il y a des talents dans nos quartiers, si on pouvait éviter de les stigmatiser, on irait beaucoup mieux."