"J'espère qu'un jour, ils cesseront d'associer mon nom à cette terrible attaque" : le Pakistanais arrêté à tort à Berlin se confie

Arrêté le soir de l'attentat, le 19 décembre, en raison d'un faux signalement, le demandeur d'asile pakistanais a été relâché près de vingt-quatre heures après l'attaque. 

L\'attaque au camion dans un marché de Noël de Berlin a fait 12 morts et 48 blessés, le 19 décembre 2016. Ici, au lendemain de l\'attaque.
L'attaque au camion dans un marché de Noël de Berlin a fait 12 morts et 48 blessés, le 19 décembre 2016. Ici, au lendemain de l'attaque. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)
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Au mauvais endroit, au mauvais moment. Naveed Baloch, demandeur d'asile pakistanais de 24 ans, a été arrêté le soir de l'attaque au camion sur un marché de Berlin, le 19 décembre, qui a fait 12 morts. Présenté à tort comme l'auteur de l'attentat revendiqué par l'Etat islamique, cet homme de 24 ans a été remis en liberté le 20 décembre, fautes d'éléments probants. Quatre jours après l'attaque, Anis Amri, le terroriste en fuite, trouvait la mort sous les balles des policiers italiens, à Milan. 

Une fausse piste pour la police berlinoise et un traumatisme pour le jeune homme, qui revient sur cette soirée sur le site du Guardian (article en anglais), ce jeudi 29 décembre. Vivant désormais dans la clandestinité, il dit craindre pour sa vie. 

"Vous étiez au volant, n'est-ce pas ?"

Naveed Baloch a été interpellé à 2 km des lieux de l'attaque au camion. C'est un témoin du massacre qui, croyant avoir repéré le conducteur du poids lourd en fuite, contacte les policiers pour leur donner son signalement. Lors de son arrestation, le jeune homme explique avoir été ligoté, ses yeux bandés, puis déshabillé pour réaliser des photos d'identification. Des méthodes très musclées, selon ce dernier. "Quand j'ai essayé de résister, ils ont commencé à me gifler", explique-t-il au journal britannique.

Interrogé par les enquêteurs, Naveed Baloch explique tout ignorer de l'attaque sanglante qui s'est déroulée un peu plus tôt avant son interpellation. Il relate des bribes de cette conversation :

J'ai expliqué que je ne savais pas, mais eux m'ont dit : 'Quelqu'un a pris un camion et a foncé dans la foule, tuant beaucoup de gens. Et vous étiez au volant, n'est-ce pas ?'

Naveed Baloch

dans le Guardian

"Personne au Baloutchistan ne savait que j'étais parti"

Le Pakistanais, originaire du Baloutchistan, une région de l'ouest du Pakistan, proche de l'Iran et de l'Afghanistan, explique alors aux policiers que ce scénario est impossible. "Je leur ai calmement dit que je ne pouvais pas conduire du tout. Je ne peux même pas démarrer un véhicule." 

Pendant que la police l'interroge, le journal Bild révèle son prénom et l'initiale de son nom. Les médias allemands dévoilent aussi ses antécédents judiciaires (des faits de petite délinquance commis en Allemagne) et son implication dans une histoire d'agression sexuelle –un élément qu'il nie formellement. Une exposition médiatique qui lui fait redouter le pire.

Mis hors de cause depuis plus d'une semaine, il explique désormais craindre pour sa vie. Placé en résidence surveillée par la police allemande, Naveed Baloch a également peur pour celles de sa famille. 

"Avant mon arrestation, personne au Baloutchistan ne savait que j'étais parti [en Europe], explique-t-il. Maintenant, ils savent tous que j'ai fui vers l'Allemagne, que j'ai peur pour ma vie, et que je demande l'asile ici. Cela rend ma famille très vulnérable et je ne peux rien faire pour la protéger." Et d'ajouter : "J'espère qu'un jour, ils cesseront d'associer mon nom à cette terrible attaque."