Les nouvelles informations sur la surveillance exercée par l'Agence nationale de sécurité américaine sur les télécommunications française, révélées dans un article publié lundi 21 octobre par Le Monde, font réagir le gouvernement français. Le ministère des Affaires étrangères a annoncé la convocation "immédiate" de l'ambassadeur américain à Paris.

Depuis Copenhague, Jean-Marc Ayrault s'est dit "profondement choqué". "C'est invraisemblable qu'un pays allié comme les Etats-Unis puisse à ce point aller jusqu'à espionner autant de communications privées qui n'ont aucune justification stratégiques, aucune justification de défense nationale", a déclaré le Premier ministre à la presse, en demandant aux Etats-Unis des explications. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a promis "des discussions bilatérales pour régler ces questions". "La France est l'un de nos plus vieux alliés dans le monde", a-t-il ajouté.

(FRANCE TELEVISIONS)

L'article du quotidien, nourri par des documents de l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden, souligne le caractère massif et systématique des écoutes et enregistrements réalisés sur les communications téléphoniques des citoyens français, ainsi que l'espionnage de certaines boîtes e-mail par l'agence de renseignement américaine. 

Les techniques utilisées

Les documents consultés par Le Monde décrivent les techniques utilisées par l'agence américaine. Celle-ci dispose de plusieurs modes de collecte. Un signal est envoyé lorsque certains numéros de téléphone sont composés en France, déclenchant automatiquement l'enregistrement des conversations. Grâce à des mots-clés, des textos sont également repérés par les services américains. Pour finir, la NSA sauvegarde également l'historique des connexions de chacune de ses cibles.

Le programme Prism, très médiatisé après les révélations d'Edward Snowden, ne serait pas le seul outil dont disposent les analystes américains. Le Monde décrit un autre programme, baptisé Upstream, qui "peut cibler aussi bien des adresses elles-mêmes (...) que des mots-clés qui déclenchent l'interception". Ce dernier permettrait notamment d'intercepter les communications transitant par les câbles sous-marins. Fleur Pellerin, la ministre en charge de l'Economie numérique, avait insisté en janvier sur l'intérêt "stratégique" de ces câbles, pour "la cybersurveillance" et "la sécurité du territoire", rappelle Le Monde.

Les personnes visées

Le caractère automatique de l'enregistrement des conversations démontre que tous les Français ont potentiellement été touchés par l'espionnage américain. Les quelque 70 millions d'enregistrements de données téléphoniques collectés entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013, c'est-à-dire en moins d'un mois, montre l'étendue de la surveillance. 

Selon Le Monde, "les documents donnent suffisamment d'explications pour penser que les cibles de la NSA concernent aussi bien des personnes suspectées de liens avec des activités terroristes que des individus visés pour leur simple appartenance au monde des affaires, de la politique ou à l'administration française"

Deux entreprises stratégiques particulièrement ciblées

Deux entreprises françaises ont été observées à la loupe, remarque le quotidien : "La NSA s'est intéressée de très près, du 1er au 31 janvier 2013, à tout ce qui est lié à wanadoo.fr et alcatel-lucent.com" et aux boîtes e-mail de leurs clients.

Pour mémoire, Wanadoo est une ancienne filiale de France Télécom qui faut aujourd'hui partie d'Orange, la marque commerciale de France Télécom. Il resterait environ 4,5 millions de clients d'Orange qui utiliseraient encore une adresse mail wanadoo.fr. Quant à Alcatel-Lucent (fusion du français Alcatel et de l'américain Lucent Technologies), également visé par la NSA, il s'agit d'un groupe stratégique puisqu'il œuvre dans le "secteur sensible de l'équipement des réseaux de communications", comme le note Le Monde.