En 1997, Christian Harbulot crée l’école de guerre économique (EGE). On y apprend les techniques de la désinformation et les diverses façons de s’emparer ou d’exploiter une information. Bref, l’art du renseignement appliqué à l’économie. Le patron de l’EGE a donc nombre de choses à dire à francetv info sur les récentes révélations selon lesquelles les services secrets américains pénètrent l’intimité des internautes.

Francetv info : Vous avez été surpris par l’ampleur des révélations qui font à présent scandale ?
Christian Harbulot : Non, car cela fait plusieurs années qu’on a de forts soupçons quant à l’accès à l’information, je dirais privée, par les agences fédérales du renseignement américain. Et cela sur nombre de supports numériques comme Google, Facebook, Skype… Aujourd’hui, après les révélations d’Edward Snowden, on a la confirmation que, grâce au programme Prism, les autorités américaines peuvent lire, écouter, ou suivre n’importe quel internaute aux Etats-Unis comme à l’extérieur de ce territoire. C’est Snowden lui-même qui l’affirme. Lui qui vient de la CIA et d’un sous-traitant de la National security agency (NSA), une institution capable d’intercepter et d’enregistrer les signaux radioélectromagnétiques aux Etats Unis. 

N’est-ce pas noircir le tableau ? Le président Barack Obama soutient que tout cela se fait en toute légalité.
Les Américains utilisent systématiquement le risque terroriste depuis le 11 septembre 2001. Par le biais du Patriot act et du Foreign intelligence surveillance act, ils peuvent mener toutes sortes d’investigations. C’est une manière assez habile d’esquiver le problème, de permettre au président de s’abriter derrière une certaine forme de légalité, mais l’intrusion dans la vie des citoyens est bel et bien là. A partir du moment où il y a ces portes dérobées qui permettent l’accès à des quantités énormes d’informations, qu’est-ce qui garantit que les détenteurs de ces infos vont faire un tri scrupuleux entre ce qui est une atteinte à la sécurité nationale et le reste ? Ce reste si précieux, qui peut être d’ordre privé ou économique ?

Que devons-nous redouter, selon vous, à la lumière de cette affaire ?
Cette fuite, qui est d’origine humaine, il faut le souligner, met en avant un point essentiel : il n’y a aujourd’hui aucune garantie de la confidentialité de l’information sur internet. C’est la base même du fonctionnement de la démocratie qui est atteinte. C’est d’autant plus choquant que les Etats-Unis s’affichent comme les garants les plus ardents de cette démocratie. Historiquement, sur ce point, toutes les entorses ont d’ailleurs commencé par des violations au secret de la correspondance.

Que peut-on faire ?
On a en mémoire tous les procès survenus après la guerre du Vietnam. C’était l’époque des intrusions illégales de la puissance américaine dans la vie des citoyens qui protestaient contre ces événements. Depuis, on est face à une sorte de serpent de mer, avec de multiples commissions d’enquête pour tenter de corriger l’attitude des agences de renseignement. Mais rien n’y fait. C’est un vœu pieux que de vouloir contrôler l’expression la plus stratégique de la puissance d’un pays. Or, aujourd’hui, l’expression de cette puissance pour les Etats unis, c’est précisément de maîtriser le web.