Espionnage du web : qui est le lanceur d'alerte Edward Snowden ?

Du jeune informaticien à la nouvelle icône, francetv info revient sur le parcours de cet Américain qui a fui à Hong Kong après le scandale provoqué par ses révélations.  

Edward Snowden, employé d'un sous-traitant de l'Agence de sécurité nationale (NSA), le 6 juin 2013, dans une vidéo diffusée le 10 juin sur le site du "Guardian".
Edward Snowden, employé d'un sous-traitant de l'Agence de sécurité nationale (NSA), le 6 juin 2013, dans une vidéo diffusée le 10 juin sur le site du "Guardian". (THE GUARDIAN / AFP)

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En quelques heures, il est passé d'informaticien anonyme à lanceur d'alerte défiant Barack Obama. Edward Snowden, l'Américain de 29 ans qui a révélé le programme de surveillance secret des communications américain, notamment sur internet, a confirmé dimanche 9 juin être à l'origine des fuites. Pour cet acte militant, il est tantôt perçu comme un héros, défenseur de la vie privée des citoyens à ses risques et périls, tantôt comme un criminel, susceptible de mettre en danger son pays en livrant des informations sensibles.

Francetv info revient sur ce que l'on sait de la personnalité et du parcours de l'homme par qui le scandale qui embarrasse le président Obama est arrivé. 

Un jeune geek passé brièvement par l'armée 

Originaire d'Elizabeth City, en Caroline du Nord, sa famille s'installe à Fort Meade dans le Maryland. A l'université, où il étudie l'informatique, Edward Snowden se qualifie lui-même d'étudiant assez médiocre, et décide, en 2003, de s'engager dans l'armée. Il entame un entraînement pour rejoindre les forces spéciales. "Je voulais combattre en Irak (...) pour aider à libérer les Irakiens de l'oppression", explique-t-il, idéaliste. Mais un accident, dans lequel il se brise les deux jambes, met un terme à ses ambitions militaires dès mai 2004. Il quitte l'armée et devient garde de sécurité dans un des bâtiments secret de l'Agence nationale de sécurité (NSA), sur le campus de l'université du Maryland.

Engagé par la CIA, où il travaille dans la sécurité des systèmes informatiques, Edward Snowden gravit rapidement les échelons et se retrouve employé comme consultant à la NSA via divers sous-traitants, dont Dell ou le cabinet de conseil en technologie Booz Allen Hamilton, son dernier employeur. Au sein de cette société, basée à Hawaï, il vit confortablement, avec un salaire annuel de 200 000 dollars (151 000 euros). C'est dans le cadre de cet emploi qu'il collabore au programme de surveillance sur internet, hautement secret, de la NSA, baptisé Prism.

Mais l'employé de 29 ans, un analyste parmi les quelques milliers de personnes qui traitent des données confidentielles pour le compte des autorités américaines, décide alors de rendre publique le document PowerPoint de 41 pages destiné à présenter le programme aux agents américains des services secrets. Après avoir demandé un congé, prétextant devoir faire un traitement contre l'épilepsie, il quitte Hawaï, où il partage une maison avec sa petite amie, et s'envole le 20 mai pour Hong Kong, attendant que The Guardian révèle son identité. 

Un lanceur d'alerte aux convictions politiques 

Pour justifier sa prise de parole, Edward Snowden a expliqué avoir agi pour l'intérêt du public, au nom de la protection de la vie privée. "Mon unique objectif est d'informer les gens de ce qui est fait en leur nom et de ce qui est fait contre eux". Selon lui, "la NSA ment systématiquement au Congrès quant à l'ampleur de sa surveillance aux Etats-Unis", a-t-il confié au Guardian.

Les programmes tels que Prism constituent "des abus", commis au nom de la sécurité. Ils permettent d'observer et d'enregistrer l'activité des citoyens, et ce, "(...) même si vous n'avez rien fait de mal. Vous n'avez qu'à susciter une éventuelle suspicion", explique-t-il dans une vidéo du Guardian, traduite par Le Monde.fr. 


Snowden : "Même si vous ne faites rien de mal..." par lemonde.fr

Ainsi, le militant fustige la position de Barack Obama, lequel "a continué les politiques de ses prédécesseurs". 

En ce qui concerne ses convictions politiques, Edward Snowden a modestement contribué en 2012 à la campagne pour les primaires républicaines en vue de la présidentielle de Ron Paul, le candidat libertarien, un mouvement ultralibéral qui prône la défense intransigeante des libertés individuelles et la réduction au minimum du rôle de l'Etat. 

Une nouvelle icône ? 

Au Guardian, il  a expliqué n'avoir jamais souhaité conserver l'anonymat : "Je comprends que je vais payer le prix pour mes actions" mais "je serai satisfait si les lois secrètes (...) et les pouvoirs tout-puissants de l'exécutif qui mène le monde que j'aime sont dévoilés, même pour un seul instant". Une posture perçue comme héroïque par les défenseurs des libertés individuelles, alors que les lanceurs d'alerte, à l'origine des scandales d'Etat, tel Bradley Manning dans l'affaire WikiLeaks, préfèrent généralement demeurer cachés jusqu'à ce que le FBI les retrouve.

"Je considère qu'il s'agit d'un formidable acte de désobéissance civile", a noté Thomas Drake, un autre ancien de la NSA, également poursuivi pour avoir transmis des informations confidentielles à des journalistes, et cité par le Washington Post (lien en anglais). Pour Daniel Ellsberg, lanceur d'alerte américain, célèbre pour avoir révélé des documents secrets du Pentagone en 1971, "il n’y a aucun responsable ou ancien responsable américain que j’admire plus que lui, a-t-il dit au quotidien américain. Il est clairement prêt à donner sa vie ou sa liberté pour les intérêts de son pays."

Slate.fr rapporte notamment que des internautes ont déjà créé une pétition sur le site dédié de la Maison Blanche pour que le jeune homme soit gracié. "Edward Snowden est un héros national et devrait recevoir immédiatement une grâce complète, gratuite et absolue pour tout crime qu’il a commis ou peut avoir commis en relation avec sa révélation des programmes de surveillance secrets de la NSA", expliquent ces soutiens. Une mobilisation qui pourrait être précieuse alors que des élus américains ont déjà réclamé son extradition vers les Etats-Unis, en vue d'un procès.