Interpellations, bulletins de vote saisis, manifestations... Le jour où tout s'est emballé en Catalogne

Treize membres du gouvernement catalan ont été arrêtés mercredi matin. Des milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer cette opération policière. Elle vise à interdire le référendum sur l'indépendance, prévu le 1er octobre et déclaré illégal par la Cour constitutionnelle espagnole.

Une manifestation à Barcelone, pour protester contre l\'intervention de la police espagnole contre le référendum d\'autodétermination, le 20 septembre 2017.  
Une manifestation à Barcelone, pour protester contre l'intervention de la police espagnole contre le référendum d'autodétermination, le 20 septembre 2017.   (LLUIS GENE / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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La tension était déjà forte entre la Catalogne et Madrid. Elle est encore montée d'un cran, mercredi 20 septembre. Il y a d'abord eu un important coup de filet de la justice espagnole, très tôt dans la matinée. Treize hauts responsables du "govern", l’exécutif régional catalan, ont été interpellés. Parmi eux figure le bras droit du vice-président catalan, Oriol Junqueras. Ou encore le secrétaire général de la vice-présidence, Josep Maria Jove. 

Les motifs des arrestations n'ont pas été précisés. Il n'empêche, cette opération policière vise à empêcher la tenue du référendum d'autodétermination, interdit par la justice espagnole, prévu le 1er octobre. La Cour constitutionnelle espagnole avait prévenu directement les dirigeants et les fonctionnaires catalans qu'ils ne pouvaient pas coopérer à l'organisation de ce "scrutin illégal". Mais les indépendantistes ont ignoré l'avertissement et continué à organiser la consultation.

Ce n'est pas tout. La journée a également été marquée par une série de perquisitions dans divers ministères régionaux à Barcelone, notamment celui de l’Economie. Vingt-deux perquisitions ont été effectuées au total. A Bigues, à 45 km au nord de Barcelone, la garde civile a aussi saisi près de 10 millions de bulletins de vote qui devaient être utilisés pour le référendum d’autodétermination. Elle a aussi mis la main sur du matériel électoral, notamment des formulaires pour la constitution des bureaux de vote et d'autres pour enregistrer les votants.

"Nous voterons pour obtenir la liberté" 

L'annonce des arrestations a immédiatement entraîné une manifestation de plusieurs centaines, puis de plusieurs milliers d'indépendantistes, devant le siège du département d'Economie de l'exécutif catalan, à Barcelone, premier bâtiment visé par les perquisitions. Dans la rue, le cortège exprime sa colère. "Les forces d’occupation, dehors !" crient certains. "Nous voterons pour être libres", lisait-on sur des pancartes. 

Les réseaux sociaux aussi sont utilisés pour faire passer le message. "Résistons pacifiquement. Sortons pour défendre nos institutions de manière non-violente", a par exemple tweeté Jordi Sanchez, président d'un des principaux mouvements indépendantistes issus de la société civile, l'Assemblée nationale catalane (ANC). "Ils ont commis une grande erreur. Nous voulions voter et ils ont déclaré la guerre", a-t-il aussi écrit.

"Retirez vos mains sales des institutions"

A la mi-journée, c'est un autre soutien de poids qui vole au secours des indépendantistes : le club de foot du Barça. "Après les faits survenus ces derniers jours, et en particulier aujourd'hui, en lien avec la situation politique de la Catalogne, le FC Barcelone, fidèle à son engagement historique en faveur de la défense du pays, de la démocratie, de la liberté d'expression et du droit à décider, condamne toute action susceptible d'empêcher le plein exercice de ces droits", a écrit le club catalan dans un communiqué.

A 600 kilomètres de là, Madrid justifie ce déploiement policier. Depuis la capitale, le Premier ministre, Mariano Rajoy, explique que "cela a été ordonné sur décision des juges, afin que la légalité soit respectée."

Les échanges au Parlement espagnol ont été d'une rare violence. Un député du parti indépendantiste catalan a pris à partie le chef du gouvernement espagnol : "Retirez vos mains sales des institutions de la Catalogne !" Réponse du tac au tac du Premier ministre : "Je demande (...) que l'on revienne à la normalité". 

Concert de casseroles

Vers 22 heures, un concert de casseroles a retenti simultanément à Barcelone et dans plusieurs municipalités catalanes, en réponse aux événements de la journée. De nombreux indépendantistes se sont mis à faire une "cacerolada" afin d'exprimer leur indignation, notamment la confisquation de bulletins de vote destinés au référendum d'autodetermination, par la Guardia civil.