Catalogne : "On a deux impasses qui s'affrontent, l'idée est d'avoir une troisième voie"

Mathieu Petithomme, politologue, spécialiste de l’Espagne, a analysé mardi pour franceinfo les enjeux du référendum organisé par les séparatistes catalans. 

Un homme brandit un drapeau espagnol le 8 octobre 2017 à Barcelone. 
Un homme brandit un drapeau espagnol le 8 octobre 2017 à Barcelone.  (JORGE GUERRERO / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

La Catalogne va-t-elle proclamer son indépendance ? Le président catalan, Carles Puigdemont, doit s'exprimer mardi 10 octobre à 18h devant le Parlement régional, après le référendum organisé par les séparatistes la semaine dernière. Mathieu Petithomme, politologue, spécialiste de l’Espagne, a estimé sur franceinfo qu'une "troisième voie" est possible pour sortir de la crise. Selon lui, Madrid pourrait envisager "une réforme de la Constitution avec un nouveau statut pour la Catalogne".

>> DIRECT. Suivez l'évolution d'une journée décisive pour la Catalogne

franceinfo : Croyez-vous à une déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne ?

Mathieu Petithomme : L'élite catalane est divisée. Historiquement, la bourgeoisie catalane n'est pas indépendantiste. Elle est nationaliste, conservatrice et elle a des intérêts dans les sphères économiques. Concrètement, il y a plusieurs banques, comme CaixaBank ou Banco Sabadell, qui ont déménagé leur siège social hors de Catalogne. Toute cette élite des grandes entreprises se dit qu'il y a quand même un risque. Par contre, il est vrai qu'il y a toute une frange du mouvement indépendantiste qui est pro-déclaration unilatérale, comme Carles Puigdemont, qui est un militant historique de la cause et qui n'a pas peur d'être mis en prison ou d'être poursuivi par la justice.

Une indépendance "légère" est-elle possible ?

Ça s'est déjà vu. Lluís Companys avait déjà déclaré l'indépendance en 1934 de façon unilatérale. Cela s'était soldé par un nouveau statut d'autonomie pour la Catalogne. C'est ce que défend Ada Colau, la maire de Barcelone, qui a pris la parole lundi 9 octobre, et qui défend l'idée qu'on pourrait avoir une solution intermédiaire. Une troisième voie : une réforme de la Constitution avec un nouveau statut pour la Catalogne, avec un système fiscal plus avantageux sur le modèle du Pays basque.

Cette troisième voie est-elle l'unique porte de sortie ?

Les indépendantistes purs et durs n'ont pas la majorité en Catalogne. Il faut se rappeler qu'en septembre 2015, ils ont une majorité des sièges au Parlement catalan mais pas de majorité des voix. Dans le référendum qui a eu lieu de façon contestable du 1er octobre, on parle de 90% de "oui" mais sur 40% de participation, à peu près 2 millions de personnes, alors que la population catalane est de 7,5 millions. On a une population divisée à la fois territorialement et socialement. Une partie importante de la population ne veut pas d'un Etat indépendant mais ne veut pas non plus de la même relation classique avec l'Espagne. On a deux impasses qui s'affrontent, l'idée est d'avoir une troisième voie, entre les deux.