Bulletins de vote saisis, arrestations... Comment le gouvernement espagnol tente d'empêcher le référendum en Catalogne

La garde civile a arrêté une quinzaine de hauts responsables de l'exécutif séparatiste de la région de Catalogne, mercredi. Une nouvelle opération d'ampleur visant à empêcher la tenue du référendum d'indépendance.  

Une affiche pour le référendum d\'indépendance de la Catalogne, à Barcelone (Espagne), le 14 septembre 2017.
Une affiche pour le référendum d'indépendance de la Catalogne, à Barcelone (Espagne), le 14 septembre 2017. (JORDI BOIXAREU / NURPHOTO / AFP)
avatar
Robin PrudentFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

La tension est montée d'un cran en Catalogne. Mercredi 20 septembre au petit matin, la garde civile (Guardia civil) a pénétré dans le palais de la "Généralité", bâtiment-symbole de la souveraineté de la Catalogne depuis le Moyen-Age, qui abrite le siège officiel de la Présidence et du gouvernement autonome de Catalogne. L'autorité de Madrid y a fait une entrée fracassante afin de procéder à des perquisitions et des arrestations. Objectif : empêcher par tous les moyens l'organisation du référendum d'autodétermination prévu le 1er octobre et interdit par la cour constitutionnelle espagnole.

Cette nouvelle intervention vient s'ajouter à la longue liste des enquêtes et opérations de police lancées par le gouvernement central depuis le 6 septembre, jour où le parlement catalan a décidé de convoquer un référendum d’autodétermination. Franceinfo liste les mesures prises par Madrid pour mettre des bâtons dans les roues des Catalans. 

Une quinzaine d'arrestations de dirigeants catalans

Mercredi, la garde civile a tapé un grand coup contre l'exécutif catalan. A la demande d'un juge d'instruction de Barcelone, les autorités ont procédé à une quinzaine arrestations de hauts responsables du gouvernement de Catalogne. Parmi eux, Josep Maria Jove, le bras droit du vice-président Oriol Junqueras. L'objectif est de récolter des preuves de l'organisation imminente du référendum, interdit par la justice.

Voir la vidéo
AFPTV et REUTERS

La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre dans la capitale catalane. En plein milieu de la journée, des milliers de Catalans sont descendus spontanément dans les rues pour protester contre ces arrestations. "Les forces d'occupation dehors !" ont crié certains manifestants à Barcelone. "Nous voterons pour être libres", lisait-on sur des pancartes. Quelques échauffourées ont même éclaté entre les militants indépendantistes et des policiers. 

La propagande électorale saisie par la police

Depuis quelques semaines, les rotatives des imprimeries tournent à plein régime en Catalogne. Mais les affiches et les tracts imprimés pour le référendum ne devraient jamais être distribués. Dimanche, la garde civile a saisi quelque 1,3 million de tracts empaquetés sur des palettes, dans une entreprise de distribution de publicités à moins de 20 kilomètres de Barcelone. Parmi ces documents se trouvaient 700 000 tracts vantant le "oui" au référendum et environ 370 000 dépliants avec le logo du gouvernement catalan qui faisaient l'éloge de la participation au vote. Quelques jours auparavant, c'était directement les planches servant à leur impression qui avaient été saisies.

Et les autorités centrales ne se contentent pas de saisir les affiches militantes promouvant le "oui" à l'indépendance. Tout le matériel électoral qui pourrait être utilisé pour l'organisation du référendum fait l'objet d'une traque policière. Mardi 19 septembre, des centaines de militants indépendantistes se sont rassemblés devant plusieurs locaux de l'entreprise de courrier privé Unipost à Terrassa. Après plusieurs heures de confrontation, la police a finalement réussi à récupérer 45 000 convocations destinées aux assesseurs des bureaux de vote. Selon un communiqué de la garde civile, cela représente "80% des convocations nécessaires" pour doter les bureaux d'assesseurs en nombre suffisant.

Plusieurs millions de bulletins de vote ont aussi été saisis depuis le début du mois de septembre. La pression est telle que, mercredi, l'un des partis indépendantistes, la CUP, a dû disperser ses affiches entre des milliers de militants rassemblés à Barcelone pour éviter qu'elles ne soient confisquées par la police.

Les finances de la Catalogne mises sous tutelle

Le gouvernement central espagnol avait aussi décidé d'agir en amont. Dès le mois de juillet, le ministère des Finances a imposé la vérification hebdomadaire des comptes des institutions catalanes, afin d'empêcher que les finances de la région ne soient utilisées pour préparer le référendum.

Mi-septembre, le responsable catalan aux Finances, Oriol Junqueras, a dit "basta". Selon lui, cette méthode impliquait de vérifier les factures une à une et avait pour but d'entraîner "l'effondrement de l'administration". L'Etat central n'a pas tardé à réagir en mettant les finances de la Catalogne sous tutelle.

Désormais, l'Etat verse directement les salaires des fonctionnaires catalans, les allocations sociales et le paiement des factures des fournisseurs des services publics. En temps normal, il s'agit de prérogatives de la région. Pour les indépendantistes, ce nouvel affront illustre la volonté de l'Etat de retirer son autonomie à la Catalogne. L'exécutif séparatiste de la Catalogne a décidé de présenter un recours devant la Cour suprême espagnole. 

Plus de 700 maires menacés de poursuites

Samedi, plus de 700 élus indépendantistes ont brandi solennellement leur bâton de maires dans les rues de Barcelone pour protester contre une décision du parquet général d'Espagne, prise trois jours auparavant. Le parquet a ainsi ordonné aux procureurs de Catalogne de citer à comparaître les édiles prêts à coopérer "à l'organisation du scrutin illégal", afin de les inculper. S'ils ne répondent pas à la convocation, ils peuvent être arrêtés.

"Nous n’avons pas peur et nous allons donner la voix au peuple lors du référendum du 1er octobre", martèle Albert Batalla, député indépendantiste au Parlement catalan et maire de La Seu d'Urgell, dans les Pyrénées catalanes, interrogé par franceinfo. "Je considère que ma responsabilité est de défendre le droit de vote de mes administrés, quel que soit leur choix. Je n’ai pas peur, j’ai des principes."

Plus de 700 maires catalans défilent dans les rues de Barcelone, le 16 septembre 2017.
Plus de 700 maires catalans défilent dans les rues de Barcelone, le 16 septembre 2017. (MIQUEL LLOP / NURPHOTO / AFP)

"Nous ne sommes pas des délinquants", renchérit à l'AFP Josep Sole, 74 ans, maire du village de La Maso et adhérent de l'Association des municipalités indépendantistes (AMI). Comme lui, ils sont plus de 700 maires, sur les 948 que compte la Catalogne, à être favorables à l'indépendance. Une large majorité s'est ainsi engagée à ouvrir des locaux municipaux pour le vote, prévu le 1er octobre.

Parmi eux, trois maires ont été entendus, mardi, par des magistrats du parquet, sans être inculpés. "Je n'ai répondu à aucune question et finalement on m'a transmis un avertissement", a raconté José Troguet, maire de la petite localité de Pont de Suert, au pied des Pyrénées. Une cinquantaine de maires ont pour l'instant reçu des convocations similaires, estime l'AMI.

Des sites internet bloqués dans toute l'Espagne

Sur le web aussi, la campagne pour le référendum catalan a été cadenassée par les autorités nationales. Le site officiel du référendum a ainsi été bloqué et un message affiche désormais : "Ce domaine a été figé, conformément à un mandat de saisie de l'autorité judiciaire"

Capture d\'écran du message affiché sur le site \"www.referendum.cat\".
Capture d'écran du message affiché sur le site "www.referendum.cat". (REFERENDUM.CAT / FRANCEINFO)

Mais au jeu du chat et de la souris, les internautes sont souvent plus rapides que les autorités. Peu de temps après cette fermeture administrative, plusieurs clones du site ont été ouverts dans d'autres pays. Certains ont été de nouveau bloqués par les opérateurs internet espagnols, sur demande des autorités.

Rapidement, des moyens de substitution ont été trouvés pour accéder à ces informations. Le président indépendantiste catalan, Carles Puigdemont, a lui-même diffusé, sur les réseaux sociaux, un petit guide pour réussir à accéder au site au moyen d'un proxy. Bien décidé à ne rien lâcher face aux pressions de Madrid...