L'Espagne n'a toujours pas de gouvernement, un mois après les législatives

Le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy a renoncé à former un nouveau gouvernement, laissant la main à la gauche, qui peine tout autant à trouver un accord de coalition.

Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol sortant, donne une conférence de presse, à Madrid, le 22 janvier 2016.
Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol sortant, donne une conférence de presse, à Madrid, le 22 janvier 2016. (JUAN MEDINA / REUTERS)
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Plus d'un mois après les élections législatives de décembre 2015, l’Espagne n’a toujours pas de gouvernement. Ce scrutin historique avait consacré la poussée du parti de gauche Podemos. A présent, aucun des deux partis traditionnels ne dispose d'une majorité suffisante pour gouverner. Au Congrès, face aux 119 sièges du Parti populaire de Mariano Rajoy, s'alignent le Parti socialiste (89 sièges) et Podemos et ses alliés (65 députés).

Francetv info détaille les positions des trois formations.

Les conservateurs jettent l'éponge

Depuis les élections du 20 décembre, le Premier ministre sortant Mariano Rajoy estimait que c'est à lui que revenait le devoir de former un gouvernement, en tant que chef du Parti populaire (PP), arrivé en tête du scrutin, avec 28,7%. Mariano Rajoy voulait constituer une grande coalition qui comprendrait le Parti populaire, le Parti socialiste et les libéraux de Ciudadanos. Une ouverture à gauche nécéssaire, car la coalition PP-Ciudadanos n'était pas en mesure de réunir les 176 voix de la majorité.

Mariano Rajoy a bien dû admettre, vendredi, qu'il était dans l'impasse, après le refus du Parti socialiste de rejoindre sa coalition"Sa majesté le roi a proposé à Mariano Rajoy d'être candidat à la présidence du gouvernement. Mariano Rajoy a remercié sa majesté le roi mais a décliné l'offre", a annoncé le palais royal dans un communiqué. "Je maintiens ma candidature mais je ne peux pas me présenter pour l'instant", a expliqué Mariano Rajoy à la presse. Il a fait valoir qu'il avait "contre lui une majorité absolue des députés, d'au moins 180", sur 350.

En renonçant, il laisse ainsi la voie ouverte à un gouvernement de gauche. Le roi Felipe VI doit entamer mercredi une nouvelle ronde de consultations, avant de désigner un autre candidat à la formation d'un gouvernement.

Podemos liste ses exigences

Le chef de Podemos, Pablo Iglesias, a saisi l'opportunité pour proposer de former un gouvernement avec le Parti socialiste. Le leader de la gauche anti-austérité a annoncé avoir fait part au roi Felipe VI "de notre volonté de former un gouvernement avec le Parti socialiste et Izquierda unida" (Gauche unie, écolo-communistes).

Pablo Iglesias, qui brigue la vice-présidence du gouvernement, souhaite pour Podemos des "responsabilités de gouvernement centrales et fondamentales", comme les Affaires étrangères, et l'adoption dans les cent premiers jours de mesures d'urgence sociale, notamment pour freiner les expulsions de logements de particuliers surendettés et prendre en charge les très nombreux chômeurs en fin de droits. Il a également souhaité des mesures de justice sociale et de lutte contre la corruption, ainsi qu'une réforme de la justice et du système électoral.

Il a précisé que s'il était au gouvernement, l'Espagne honorerait sa dette, mais qu'il faudrait "réduire le déficit à un rythme plus lent", et renoncer à la politique d'austérité, estimant que l'administration allemande avait trop de poids en Europe.

Les socialistes se sentent piégés

Les conditions ainsi posées par Podemos semblent inacceptables pour le Parti socialiste espagnol (PSOE), qui refuse pour le moment de négocier. Le PSOE accuse Podemos de "chantage" et critique l'attitude du parti anti-austérité et de son dirigeant.

Le PSOE  ne veut "pas entreprendre des négociations avec d'autres forces politiques pour essayer de trouver une alternative de gouvernement stable et encore moins quand elles sont proposées à travers le chantage et en faisant passer les intérêts partisans avant ceux des citoyens". Le PSOE écrit que pour "construire un nouveau projet de pays", il faut prioritairement s'entendre sur "des politiques et des idées concrètes" et non sur "des tactiques, des intérêts partisans ou des (décisions) imposées unilatéralement".

Le parti de Pedro Sanchez assure toutefois avoir l'intention de "maintenir le dialogue" avec toutes les forces politiques pour "évaluer la situation"