Exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse : "Des signaux d'alerte sur les effets" chez les enfants, selon l'Inserm

Une étude montre que l'exposition des femmes enceintes à des perturbateurs endocriniens peut affecter le comportement des petits garçons. "On a des signaux d'alerte", précise Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm.

L\'exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse est associée à des troubles du comportement chez les petits garçons, selon une étude de l\'Inserm (illustration).
L'exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse est associée à des troubles du comportement chez les petits garçons, selon une étude de l'Inserm (illustration). (MAXPPP)
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Une étude épidémiologique menée par l'Institut français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) montre que l'exposition des femmes enceintes à des perturbateurs endocriniens peut affecter le comportement des petits garçons. Il est question d'hyperactivité, d'anxiété et de crainte devant les situations nouvelles. "On a des signaux d'alerte sur les effets sanitaires" de ces perturbateurs endocriniens chez l'enfant, précise Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm, invité dimanche 1er octobre de franceinfo. Les agents concernés sont le bisphénol A, le triclosan (un agent antibactérien présent dans certains dentifrices et savons) et le DPB (un phtalate utilisé dans les colles et les vernis à ongles). 

franceinfo : Qu'avez-vous observé précisément lors de cette étude ?

Rémy Slama : Ce qu'on observe, c'est notamment dans le cas du triclosan, c'est que les enfants, dont les mamans ont les niveaux de triclosan les plus élevés, ont davantage de troubles émotionnels. Dans le cas du bisphénol A ce sont plutôt des comportements de type hyperactif qui sont observés. Les mamans déclarent, notamment dans le cas du triclosan, que les enfants se plaignent plus souvent de maux de tête, qu'ils sont plus soucieux ou plus nerveux dans des situations nouvelles par exemple.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans les résultats ?

La nouveauté de l'étude c'est vraiment ce qui concerne le triclosan. Le bisphénol A est sur la sellette depuis longtemps. Pour le triclosan, les résultats sont plus nouveaux et c'est la première fois qu'on étudie ses effets chez l'humain. Il y a quelques années, on avait déjà mis en évidence qu'il était susceptible de retarder le développement du périmètre crânien des enfants. Mais c'est la première fois qu'on met en évidence un lien possible avec ce comportement de l'enfant et ce pesticide présent notamment dans les savons et le dentifrice notamment.

Le triclosan est interdit par l'Union européenne pour certains textiles. Faut-il l'interdire totalement ?

Il est effectivement autorisé, jusqu'à une certaine concentration, dans les cosmétiques. Là, clairement, on a des signaux d'alerte sur les effets sanitaires de cette substance. C'est un agent antibactérien, donc il faudrait vraiment s'assurer qu'il y a un bénéfice sanitaire important, car il y a vraiment une inquiétude sur ses effets sur le neuro-développement. Maintenant, il faut admettre que les études épidémiologiques ne sont pas toujours prises en compte très rapidement par certaines agences sanitaires au niveau européen. Il y a également des débats sur la meilleure manière de réguler les perturbateurs endocriniens, avec toujours un attachement à cette logique de régulation par une dose limite, dont on se rend compte, au moins pour le triclosan, qu'elle n'est pas très efficace pour protéger les enfants.