Bouches-du-Rhône : trois questions pour comprendre l'autorisation des rejets de boues rouges dans le parc national des Calanques

Le préfet de la région Paca a autorisé la société Alteo à poursuivre son activité sur le site de production d'alumines de Gardanne. Elle pourra, pendant six ans, rejeter en mer des effluents au-delà des limites règlementaires.

Une vue du parc national des Calanques, dans les Bouches-du-Rhône, photographié le 21 septembre 2015.
Une vue du parc national des Calanques, dans les Bouches-du-Rhône, photographié le 21 septembre 2015. (GARDEL BERTRAND / HEMIS.FR / AFP)
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Les boues rouges continueront de finir dans le parc national des Calanques. L'industriel Alteo pourra bien poursuivre son activité à Gardanne (Bouches-du-Rhône) et rejeter en mer, pour six ans, des effluents résultant de la production d'alumines –destinées notamment à produire des verres spéciaux et de la céramique industrielle– au-delà des limites réglementaires, annonce la préfecture de la région Paca, mardi 29 décembre. 

Que contiennent les boues rouges ?

Ce sont des résidus de bauxite. De quoi sont-ils composés ? Même si Alteo affirme avoir amélioré son procédé de production pour limiter la pollution, il part en mer chaque jour 6 tonnes d’aluminium, 83 kilos de fer, 11 kilos d’arsenic et 20 mg de mercure, selon Le Monde (article payant), des produits très nocifs pour la faune et la flore sous-marine. 

"Il s'agit de rejet d'effluents liquides, chimiques toxiques et radioactifs, c'est toujours le dossier des boues rouges même si les rejets n'en n'ont plus la couleur", en raison de l'amélioration du procédé de production, a indiqué Alain Matési, président de l'association CoLLecT-IF environnement. Alteo affirme ne plus avoir besoin de déverser des rejets solides, les boues rouges, mais uniquement des effluents liquides. "Ce n'est pas du tout un traitement mais un prétraitement. C'est transparent mais une eau claire n'est pas une eau propre", répond de son côté Alain Matési. 

Où sont-elles déversées ?

Depuis près de cinquante ans, ce site de production d'alumines situé à Gardanne, près d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), bénéficie d'un droit d'expédier en mer des résidus, via de longs tuyaux qui débouchent, en mer, à 7 km au large de Marseille et Cassis. Plus de 20 millions de tonnes de boues rouges ont été ainsi déversées sur les fonds marins de la fosse de Cassidaigne, à plus de 300 mètres de profondeur. Or ce site où sont rejetés les résidus est aussi situé dans le périmètre du parc national des Calanques.

Il y a quelque mois, la demande d'une poursuite de rejet par l'industriel avait déclenché la colère de plusieurs associations de défense de l'environnement et de riverains, qui dénoncent depuis des années la toxicité des rejets d'origine, les boues rouges, interdits au 1er janvier 2016. Les défenseurs de l'environnement craignent qu'une nouvelle autorisation de rejet ne remette en cause le statut même du parc national des Calanques, une aire de protection créée en 2012. 

Lundi, le préfet de la région Paca a signé "un arrêté autorisant la société Alteo à continuer à exploiter, à compter du 1er janvier 2016, ses usines sur le site de Gardanne et autorisant, pour une durée de six ans, le rejet dans la mer d'effluents aqueux dépassant les limites réglementaires". Le préfet avait déjà annoncé sa décision d'autoriser les rejets pour six ans dans le parc des Calanques, une dizaine de jours auparavant, se justifiant : "C'est la position du gouvernement et je l'applique."

Pourquoi le Premier ministre et la ministre de l'Ecologie sont-ils en désaccord ?

Peu de temps après l'annonce de la préfecture de région, Ségolène Royal est montée au créneau pour marquer son désaccord. "Je désapprouve cette décision, je n'ai pas du tout changé d'avis, je pense que c'est une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l'emploi", a déclaré Ségolène Royal. "L'ordre est venu du Premier ministre au préfet, direct", ajoute la ministre. 

Car l'usine Alteo emploie 400 salariés et 250 personnes sous-traitantes. "Il est peu probable qu’on oblige l’industriel à fermer le robinet à résidus de bauxite, ce qui reviendrait à cesser son activité", écrivait Le Monde, le 18 décembre. 

Fin novembre, la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, avait déjà déclaré n'être "pas favorable au renouvellement" de l'autorisation de rejets, rassurant pour un temps les riverains et associations de défense de l'environnement.