La forêt amazonienne ouverte à l’exploitation minière : "La communauté internationale doit obliger le président brésilien à appliquer la loi"

Le directeur adjoint de programme "Production et consommation durable" au sein de WWF France, Jean Bakouma, dénonce "la prise en otage du président par ses amis qui ont des intérêts dans l’agro business et l’extraction minière".

Une compagnie minière au Brésil, le 9 août 2013.
Une compagnie minière au Brésil, le 9 août 2013. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)
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Le président brésilien Michel Temer a retiré le statut de réserve naturelle de près de quatre millions d'hectares à la forêt amazonienne, qui pourront être exploités à l'avenir par des entreprises minières, dans un décret publié au Journal Officiel mercredi 24 août.

"Il n y a que la communauté internationale qui peut agir" a déclaré jeudi sur franceinfo, Jean Bakouma, directeur adjoint de programme "Production et consommation durable" au sein de WWF France, ajoutant que "la forêt était un bien mondial".

franceinfo : Le gouvernement brésilien assure que les associations de protection de l’environnement vont encadrer ce changement de statut, est-ce que ça vous rassure ?

Jean Bakouma : Non je pense qu’il nous fait une farce. C’est l’inverse de ce qu’on attend, le président n’a pas compris que la déforestation a repris de plus belle parce que la loi qui protégeait ces forêts jusque-là ne tient plus son rôle. Que peuvent faire les ONG si elles ne sont plus appuyées par la loi ? Je pense que quand il y avait cette ouverture aux compagnies minières, la loi servait d’encadrement mais aujourd’hui il n y a plus rien, la forêt est laissée ouverte à toutes les utilisations que l’on peut en faire. Il faut savoir que quand on extrait un gramme d’or il faut tourner une tonne de minerai, la forêt en prend un coup, donc on ne peut pas se contenter de cette petite farce qui consiste à dire que les ONG vont encadrer ce changement-là.

Au-delà du risque environnemental, il existe également un risque pour les tribus qui vivent sur place ?

La forêt est aussi un espace social. Les tribus se plaignent que la forêt est malmenée depuis que ce gouvernement est arrivé et ils ne sont pas très forts pour se défendre contre les grandes entreprises d’exploitation minière. Les ONG pourront toujours lutter mais on a besoin de la diplomatie environnementale.

Il n y a que la communauté internationale qui peut agir, la forêt est un bien mondial et ce n’est pas parce qu’elle est au Brésil que ce n’est que la propriété du Brésil, ce n’est plus vrai aujourd’hui.

Jean Bakouma, directeur adjoint de programme au sein de WWF France

à franceinfo

La communauté internationale doit obliger le président brésilien à appliquer la loi qui serait en faveur de la protection des ressources forestières.

Quels moyens de pression existent ?

Certains donateurs internationaux, comme la Norvège par exemple, ont déjà dit qu’elle diviserait par deux l’appui financier donné au Brésil si ces pratiques-là ne s’arrêtaient pas. Après il faut parler avec l’Union européenne et la Banque mondiale qui peuvent aussi agir. Cette forêt est menacée. Entre 2004 et 2008, la déforestation avait stoppée mais elle est repartie depuis 2008. Depuis que ce gouvernement est arrivé, du fait de la prise en otage du président par ses amis qui ont des intérêts dans l’agro business et l’extraction minière, on a fait sauter tous les verrous. En 2016, dans l’ensemble du pays on a perdu 29% de couvert forestiers. D’après le chiffre de l’institut de la statistique, il y a 7 889 km carré qui ont été perdus en un an ce qui correspond à 740 terrains de foot.