Extraction de sable à Lannion : "Il faut arrêter d'être hypocrite et savoir ce que veut la société"

Pour le géographe et professeur à l'université de Nantes, Paul Fattal, "c'est à la société de déterminer ce qu'elle veut mais en sachant tous les impacts induits qu'elle peut provoquer."

Après sa deuxième extraction de sable en baie de Lannion, le sablier Côtes de Bretagne a déchargé sa cargaison au port de Tréguier, le 9 septembre 2016.
Après sa deuxième extraction de sable en baie de Lannion, le sablier Côtes de Bretagne a déchargé sa cargaison au port de Tréguier, le 9 septembre 2016. (MAXPPP)
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Les opposants à l’extraction de sable en baie de Lannion, autorisée par Emmanuel Macron en 2015, se sont mobilisés dimanche 13 août à Trébeurden, en Bretagne. Les manifestants comptent former une chaîne humaine pour écrire SOS afin d'interpeller le gouvernement et surtout Nicolas Hulot, en amont de la réunion de conciliation qui doit avoir lieu le 30 août à Bercy. Les opposants reprochent notamment à la société d'exploitation ses méthodes, les pompages de la dune réalisés de nuit.

"Il faut arrêter d'être hypocrite et savoir ce que veut la société ou ce que l'on veut localement", a réagi sur franceinfo Paul Fattal, géographe et professeur à l'université de Nantes.

franceinfo : L'extraction est donc un choix de la société ?

Paul Fattal : C'est à la société de déterminer ce qu'elle veut, mais en sachant tous les impacts induits qu'elle peut provoquer. On peut très bien avoir une posture qui dit que l'on ne veut pas exploiter du sable en mer parce que cela a des impacts sur le vivant mais aussi sur l'érosion. On sait très bien que, sur le littoral, il y a une forte pression foncière, touristique. En réalité, c'est la société qui détermine, mais il faut aussi qu'il y ait des experts qui disent : "Attention, danger". Mais on ne peut pas tout le temps tourner autour du pot et dire : "C'est la faute de". C'est la société collectivement qui choisit.

Prélever du sable marin est-il néfaste pour l'environnement ?

C'est assez compliqué. Il y a deux entrées : l'étude des sédiments au fond et l'étude biologique. Au-delà d'une certaine profondeur, 50 m, exploiter du sable, sauf s'il y a un habitat particulier, cela peut s'entendre. Par contre, lorsqu'on atteint des profondeurs faibles, il vaut mieux éviter parce que d'une certaine manière on ponctionne un stock sédimentaire et forcément il y a un déficit ailleurs. Je pense que c'est ce que craignent les élus.

Est-il facile de sonder le sable ?

On peut savoir qu'elle quantité de stock on a. C'est extrêmement facile. Après, est-ce qu'il va se renouveler ? Non, cela ne se passe pas comme ça. Ce qui transporte les sédiments ce sont les houles et les vagues et à des profondeurs de 35 m de fond le transit est relativement faible. Donc, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il y ait un renouvellement permanent. Le sédiment va se déplacer entre la dune et l'avant-plage, la partie submergée en fonction des conditions de vagues, de houle, de tempête. Dès lors que vous touchez à un de ces éléments-là, vous rompez le budget sédimentaire global de votre plage et de ce qui se passe sous l'eau.

Paul Fattal : "On sait très bien que sur le littoral il y a une forte pression foncière, touristique et en réalité c'est la société qui détermine, mais il faut aussi qu'il y ait des experts qui disent attention, danger."

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