Une nouvelle étape pour l'énergie éolienne offshore. La ministre de l'Ecologie Ségolène Royal a annoncé, mercredi 7 mai, l'attribution du deuxième appel d'offres pour la construction et l'exploitation d'éoliennes au large du Tréport (Seine-Maritime) et de Noirmoutier (Vendée). C'est le consortium emmené par GDF Suez qui a empoché la mise, prenant sa revanche sur le premier appel d'offres remporté par EDFLes deux parcs devraient fonctionner à l'horizon 2023. Ils comprendront entre 62 et 100 éoliennes chacun, et seront capables de produire au maximum environ 1 000 mégawatts (MW) d'électricité. La France, qui ne dispose pas pour l'instant d'éoliennes offshores, se lance donc sur le marché.

Les éoliennes en mer fonctionnent comme sur la terre ferme. Il s'agit de capter l'énergie du vent pour créer de l'électricité à l'aide notamment d'une turbine et d'un transformateur. L'électricité est ensuite transmise au réseau par des câbles sous-marins. Il existe deux technologies pour les éoliennes offshores. La technique "posée" prend appui sur les fonds marins. A l'inverse, la technique dite "flottante" permet de s'éloigner des côtes. Pour l'instant, les projets en cours en France n'utilisent que la technique dite posée. Francetv info répond à toutes vos questions sur l'énergie éolienne offshore.

Quels objectifs pour l'éolien offshore en France ?

Avec le Grenelle de l'environnement, lancé en 2009 sous Nicolas Sarkozy, la France s'est fixé l'objectif ambitieux de passer à 23% d'énergies renouvelables dans sa consommation énergétique. Pour l'instant, l'énergie éolienne ne représente même pas 3% de l'électricité produite en France.

Pour atteindre cet objectif de 23%, l'énergie éolienne est une filière incontournable. Le Grenelle de l'environnement a donc fixé un objectif de 25 000 MW pour 2020. Comme le montre le graphique ci-dessous, cela revient à multiplier par trois la capacité de l'énergie éolienne. L'Etat mise sur la montée en puissance de l'éolien terrestre (qui doit passer de 8 000 à 19 000 MW) et sur l'apport de 6 000 MW venus de l'éolien offshore.

Malheureusement, malgré le lancement des projets d'EDF et de GDF et l'annonce d'un troisième appel d'offres, les objectifs du Grenelle pour l'éolien offshore ne devraient pas être atteints. C'est l'avis de plusieurs associations, dont France énergie éolienne qui regroupe les professionnels du secteur. Sonia Lioret, déléguée générale de cette structure, contactée par francetv info, estime que la France devrait parvenir à 3 000 MW d'éolien offshore en 2020, ce qui représenterait environ 10% du marché mondial.

Quel est l'intérêt de l'éolien offshore ?

L'énergie éolienne, sur terre comme sur mer, présente un avantage écologique évident : il n'y a pas de gaz carbonique rejeté. Dans ce cas, pourquoi privilégier les éoliennes en mer qui coûtent plus cher ? En effet, selon les estimations, l'énergie éolienne offshore est plus onéreuse que celle produite par les éoliennes terrestres, comme le montre le graphique ci-dessous. 

Mais pour Sonia Lioret, ce coût pourrait décroître au fil des années, ce qui rendrait vite le offshore plus rentable que le terrestre. Car les éoliennes en mer se révèlent plus productives que leurs cousines, en raison de leur taille plus imposante et du vent qui souffle plus fort et de manière plus constante en mer. Elles peuvent ainsi fournir une capacité de 5 MW en moyenne (environ 15 000 MW d'électricité par an), contre 3 MW pour les éoliennes terrestres, indique Le Monde

En outre, les éoliennes en mer font l'objet de moins de critiques que les terrestres, qui sont souvent accusées de défigurer le paysage ou de provoquer des nuisances sonores. Seul obstacle pour les parcs offshores : trouver un terrain d'entente avec tous les acteurs économiques du littoral et en premier lieu les pêcheurs qui râlent contre la réduction de leur zone de pêche, comme le montre ce reportage de TF1.

Où vont se situer les futures éoliennes offshores ?

Définir un parc éolien en mer nécessite de nombreuses contraintes et demande une concertation entre tous les acteurs du secteur. Le premier appel d'offres a déterminé quatre zones : au large de Courseulles-sur-Mer (Calvados), de Fécamp (Seine-Maritime), de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). Le deuxième appel d'offres concerne les régions maritimes du Tréport (Seine-Maritime) et des îles d'Yeu et Noirmoutier (Vendée).

Comme le montre cette carte, pour les projets d'éolien offshore à venir, il reste de nombreuses possibilités, selon une étude de France énergie éolienne. "La France dispose d'un potentiel énorme", assure Sonia Lioret. D'autant que selon le GWEC (le Conseil mondial de l'énergie éolienne), il n'y a pas de limite d'intégration des énergies renouvelables dans la production d'électricité d'un pays. Reste les pêcheurs, qui se sont déjà élevés contre cette étude de France énergie éolienne, comme le rapporte Ouest-France.

Où en sont nos voisins européens ?

L'Europe n'a pas attendu la France pour commencer à développer des projets d'éoliennes en mer. La capacité du offshore augmente progressivement depuis une quinzaine d'années sur le continent européen, comme le montre ce graphique basé sur un rapport de l'Agence européenne des énergies éoliennes.

Mais la progression de l'éolien cache de nombreuses disparités. A l'image de la carte ci-dessous, seulement onze pays européens ont mis en place des projets d'éoliennes en mer. Parmi eux, le Royaume-Uni et le Danemark sont particulièrement en avance alors que d'autres pays n'en sont qu'au stade de l'expérimentation. 

La France peut donc rapidement rattraper son retard, estime Sonia Lioret qui affiche sa satisfaction pour les projets français en cours. Mais l'hexagone peut viser encore plus haut afin de devenir l'un des leaders du marché. France énergie éolienne souhaiterait que la France s'engage sur 21 000 GW d'éolien offshore en 2030 et que cet objectif soit inscrit dans la loi de transition énergétique qui doit être présentée avant l'été.