Bure : prochain épicentre de la contestation anti-capitaliste

Le site d’enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse accueille prochainement un camp action Climat anti-capitaliste. Les activistes disent vouloir s’organiser pour "ancrer leur résistances, à Bure comme ailleurs" alors que le gouvernement vient d'entériner l'enfouissement à partir de 2025.

(Les travaux pour la construction de ce tunnel à 500 mètres de fond ont commencé il y a 15 ans © Reuters/Vincent Kessler)
Radio France

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Des campements de fortune fleurissent en ce moment autour de Bure dans la Meuse. Des opposants au projet Cigéo de centre d'enfouissement des déchets nuclaires se sont installés devant le laboratoire de l'Andra (agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires) il y a quelques jours.

Pas encore de Zad comme à Notre Dame des Landes, mais 3 camps distincts qui se regrouperont pendant 10 jours début août

Nous venons des contre-sommets, des campements Action Climat, des villages No Border, des luttes à Notre-Dame-des-Landes, au Val de Suse ou à Sivens, des luttes anti-nucléaires comme à Valognes, Montabot ou Bure, des luttes sociales, féministes et anti-autoritaires...

Angeline Demuynck est allée à leur rencontre. 

"Bure Bure un lieu maudit plein de feux nucléaires" chantent les opposants rencontrés par notre reporter
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Feu vert à l'enfouissement des déchets

Les activistes s'inquiètent d'un amendement de la loi Macron adopté il y a dix jours qui entérine le principe d'une phase pilote du projet à partir de 2025. L’enfouissement des déchets va donc pouvoir être testé. Le programme de recherche en cours a démarré en 1991, un laboratoire souterrain à près de 500 mètres de profondeur a été construit dans les années 2000.

Angeline Demuynck a pu visiter ce fameux laboratoire destiné à tester et à trouver les meilleures solutions d'enfouissement. 

Notre reporter est descendue à plus de 500 mètres de profondeur
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Pourquoi enfouir les déchets ?

Marc-Antoine Martin, responsable de la communication de l’ANDRA (l’Agence Nationale pour la gestion des déchets nucléaires) estime que les déchets radioactifs sont plus dangereux en surface que sous terre.

"Les déchets nucléaires sont dangereux pendant 100 000 ans, en surface il y a plus de risque" assure Marc-Antoine Martin
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Le feu vert à l’enfouissement divise le gouvernement...

Le feu vert donné à l’enfouissement des déchets nucléaires à partir de 2025 sème la discorde au sein du gouvernement. Ce principe a été acté lors du vote de la loi Macron. Le gouvernement a accepté un amendement déposé par le sénateur mosellan Républicain, Gérard Longuet, permettant au projet Cigéo piloté par l'Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires (Andra), d’accueillir les déchets les plus radioactifs (3% du total des déchets nucléaires) ainsi que ceux ayant la durée de vie la plus longue.

La ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Ségolène Royal, s'est déclarée "à titre personnel ", défavorable à l'enfouissement des déchets nucléaires. Elle dit avoir veillé à ce que "ce principe soit réversible, au cas où les technologies évoluent ".

Lire aussi ►►► Loi de transition énergétique: un réel changement sur le nucléaire? 

A l’opposé, le Premier ministre Manuel Valls a défendu l’amendement des Républicains.

"Nous avons considéré à la fin de ce débat qu'il fallait trancher, parce que c'était un enjeu d'intérêt national, avec des enjeux industriels et écologiques majeurs".

... et ulcère les écologistes

Les 28 parlementaires écologistes ont écrit au président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, pour lui demander de censurer les dispositions sur le projet d'enfouissement de déchets radioactifs. 

Un courrier de 13 pages dans lequel ils font valoir 8 arguments sur le non-respect de la Constitution. Parmi eux, l'article qui entérine cet enfouissement est un "cavalier législatif" c'est à dire qu'il est sans rapport avec l'objet et les mesures du projet de loi Macron. Autre argument, le manque de débat. 

L'Assemblée nationale n'a jamais eu l'opportunité de débattre, ligne par ligne, des dispositions contenues dans cet amendement, écrivent les écologistes

La loi Macron a en effet été adopté avec la procédure du 49-3 ce qui n'a pas permis le débat sur cet article, comme s'en émeut le député EELV Denis Baupin. 

 

L'introduction de cet amendement n'avait rien d'une surprise. C'est la 14ème fois en 18 mois que le gouvernement ou des parlementaires tentaient d'introduire un amendement permettant à Cigéo de passer à une nouvelle phase du projet. 

 

(© DEMUYNCK Angeline)