Barrage de Sivens : Rémi Fraisse avait les mains en l'air lorsqu'il a reçu une grenade, selon des témoins

Le jeune militant écologiste avait crié "arrêtez" aux gendarmes juste avant d'être tué, selon des éléments du dossier publiés vendredi par Mediapart.

A Sivens, des militants écologistes rendent hommage à Rémi Fraisse, tué dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 sur le site contesté du barrage.
A Sivens, des militants écologistes rendent hommage à Rémi Fraisse, tué dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 sur le site contesté du barrage. (REMY GABALDA / AFP)

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Nouveaux éléments dans l'enquête sur la mort de Rémi Fraisse. Selon des témoins, le jeune militant écologiste levait les mains et criait "arrêtez" aux gendarmes lorsqu'il a été atteint par la grenade qui l'a tué dans la nuit du 25 octobre 2014, sur le site du barrage de Sivens (Tarn). Une information publiée par Mediapart (article payant), vendredi 25 mars, et confirmée à l'Agence France-Presse par une source proche du dossier.

"Les juges d’instruction Anissa Oumohand et Élodie Billot, du tribunal de grande instance de Toulouse, ont recueilli récemment les dépositions importantes de plusieurs témoins directs des derniers instants de Rémi Fraisse", écrit Mediapart. Les parents du jeune homme tué, précise le site internet, avaient lancé un appel à témoins, qui a permis de recueillir des éléments rajoutés au dossier d'instruction.

"Arrêtez de tirer !"

Plusieurs témoins affirment, selon le site d'investigation, que Rémi Fraisse "était là avec les bras levés, il criait  [aux forces de l'ordre] : "Arrêtez de tirer !" Le jeune militant de 21 ans, ajoutent-ils, "était pacifiste et n'avait pas jeté de pierres" pendant cette nuit où s'affrontaient zadistes occupant le site depuis un an et forces de l'ordre.

Le lieutenant-colonel qui commandait le dispositif ce soir-là, poursuit Mediapart, affirme que son unité avait reçu l'ordre de "tenir la position" : "Le préfet du Tarn, par l'intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d'une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l'ordre". Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a toutefois démenti avoir donné des consignes en ce sens, le 12 novembre 2014 devant l'Assemblée nationale.

Pas de renvoi du gendarme mis en cause devant le tribunal

Le 18 mars, le gendarme qui avait tiré la grenade présumée responsable de la mort de Rémi Fraisse a été placé par les juges d'instruction à Toulouse sous le statut de témoin assisté. Cela écarte en l'état son renvoi devant un tribunal. "Le statut de témoin assisté permet à la fois au gendarme d'avoir accès au dossier mais il veut dire également qu'il n'est pas l'auteur direct de la mort et que, donc, on va continuer les investigations pour savoir s'il n'y a pas d'autres acteurs directs", avait alors expliqué à l'AFP l'avocate de la famille Fraisse, Me Claire Dujardin.

Le motif de l'information judiciaire, ouverte initialement pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a été requalifié en "homicide involontaire". L'enquête, ouverte contre X, vise des "faits commis par une personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions".

La mort de Rémi Fraisse avait provoqué une onde de choc en France et le projet de barrage a été abandonné. Les zadistes ont été évacués du site par les forces de l'ordre en mars 2015. Un projet similaire mais plus petit a été présenté, mais il est rejeté par les ex-zadistes.