A l'heure de la prière, vendredi 22 juin, des milliers d'Egyptiens se sont agenouillés, côte à côte, sur la place Tahrir, dans le centre du Caire. Comme pendant la révolution qui a provoqué la chute du président Hosni Moubarak en février 2011, ils se sont réunis à l'appel des Frères musulmans pour dénoncer l'attitude de l'armée qui dirige toujours le pays.

Cinq jours après le début du dépouillement, les Egyptiens attendent fiévreusement les résultats de l'élection présidentielle. Les manifestants dénoncent le report de leur annonce : ils y voient une manœuvre des militaires pour tenter de conserver le pouvoir. Le résultat officiel n'est pas attendu avant samedi ou dimanche, augurant encore de longues heures de tension. Certains militants des Frères musulmans se sont d'ailleurs installés sous des tentes, promettant de ne pas bouger tant que leur candidat ne serait pas reconnu vainqueur.

(FTVi / REUTERS)

• Les Frères musulmans lancent un avertissement

Le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, a exigé vendredi la publication immédiate du résultat de la présidentielle, où il affronte Ahmad Chafiq, dernier chef de gouvernement d'Hosni Moubarak. Lors de sa conférence de presse, il a mis en garde contre une falsification des résultats, assurant toutefois que sa confrérie ne cherchait ni la confrontation ni les violences, contrairement aux affirmations du pouvoir militaire.

• L'armée hausse le ton à l'encontre des candidats à la présidentielle

Les deux candidats à la présidence égyptienne ont chacun revendiqué la victoire au second tour de samedi et dimanche. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui gère la transition depuis la chute de Moubarak, a critiqué ces déclarations, estimant qu'elles avaient causé des tensions. Dans un communiqué lu vendredi à la télévision nationale, les militaires ont affirmé qu'ils agiraient "avec la plus grande fermeté" contre toute atteinte "aux intérêts publics et privés".

• Les militaires accusés de confisquer tous les pouvoirs

Les manifestants exigent l'abrogation de la déclaration constitutionnelle effectuée dimanche, en plein dépouillement du vote, par le Conseil suprême des forces armées. Ce texte donne provisoirement aux généraux le pouvoir législatif et dépouille le futur chef de l'Etat de pratiquement toute prérogative. Dans son communiqué, le CSFA a exclu de revenir sur sa décision, "requise par le besoin d'administrer les affaires de l'Etat durant cette période critique dans l'histoire de notre nation"

• L'état de santé de l'ancien président renforce l'ambiance électrique

A 84 ans, Hosni Moubarak a été transféré mardi soir de la prison où il purge une peine de réclusion à perpétuité vers un hôpital militaire. Selon des sources militaires, il alternerait périodes de coma et de réveil. Mais de nombreux Egyptiens soupçonnent l'armée d'exagérer la faiblesse de son état de santé afin de lui permettre de ne pas purger sa peine.

• La communauté internationale attentive

A Paris, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a fait part de sa préoccupation face aux récents développements institutionnels en Egypte et a affirmé que le choix du peuple égyptien devait être "respecté""Le maintien de l'ordre public doit se faire dans le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales", a insisté le chef de la diplomatie française.