Des forces spéciales égyptiennes patrouillent devant un bureau de vote du Caire, le 16 juin 2012.
Des forces spéciales égyptiennes patrouillent devant un bureau de vote du Caire, le 16 juin 2012. (KHALED DESOUKI / AFP)

L'élection présidentielle égyptienne opposant un ancien dirigeant de l'ère Moubarak à un Frère musulman s'achève dans un climat tendu. Les militaires se sont formellement attribués dans la soirée du dimanche 17 juin le pouvoir législatif jusqu'à l'élection d'un nouveau Parlement. La chambre des députés, dominée par les islamistes, a été officiellement dissoute samedi, en application d'un arrêt de la Cour constitutionnelle selon lequel un vice juridique dans la loi électorale rendait sa composition "illégale"

L'armée a aussi conditionné la tenue de ce scrutin à l'adoption préalable d'une Constitution par référendum. Ces mesures sont contenues dans une Déclaration constitutionnelle complémentaire publiée dimanche soir par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir en Egypte depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011.

Selon des sources militaires, l'armée s'apprêterait également à annoncer une révision de la composition de la commission chargée de rédiger la future Constitution, qui était dominée par les islamistes. Les Frères musulmans, désormais privés d'une Assemblée où ils disposaient de près de la moitié des sièges, ont fustigé "la volonté du Conseil militaire de s'emparer de tous les pouvoirs". Le président de la chambre, le député islamiste Saad al-Katatni, a exprimé dimanche soir son "rejet catégorique" des mesures institutionnelles prévues par l'armée.

Des pouvoirs présidentiels dans le flou

Le pays n'a toujours pas de Constitution en bonne et due forme pour remplacer celle suspendue après le départ d'Hosni Moubarak, ce qui laisse les pouvoirs présidentiels dans le flou. "Le chef de l'Etat entrera dans le palais présidentiel au milieu d'un vide légal et constitutionnel terrifiant", écrit le commentateur politique Hassan Nafaa dans le quotidien indépendant Al-Masri al-Yom. Seize mois après la chute d'Hosni Moubarak, le prochain président, à qui l'armée promet de remettre le pouvoir d'ici à la fin du mois, doit aussi faire face à une situation économique préoccupante et à de graves incertitudes politiques.

Sur le plan sécuritaire, l'armée a retrouvé le droit d'arrêter des civils, une mesure vivement dénoncée par des organisations de défense des droits civiques qui l'assimilent à une forme de "loi martiale". Plusieurs analystes estiment que cette mesure et la dissolution de la chambre des députés permettront à l'armée de rester maîtresse du jeu quelle que soit l'issue de la présidentielle.