Quatre ministres égyptiens ont démissionné, lundi 1er juillet, selon une source gouvernementale. Les ministres du Tourisme, de l'Environnement, des Communications, et des Affaires juridiques et parlementaires ont remis ensemble leurs lettres de démission au Premier ministre Hicham Qandil.

Ces démissions surviennent au lendemain de manifestations géantes qui se sont déroulées à travers le pays. Il s'agissait "de la plus grande manifestation de l'histoire de l'Egypte", selon une source militaire. Au moins seize personnes ont été tuées dans des heurts entre partisans et adversaires du président islamiste Mohamed Morsi, un an jour pour jour après son investiture.

Les cortèges ont défilé en scandant "dégage" et "le peuple veut la chute du régime". L'armée estime à "plusieurs millions" le nombre de manifestants anti-Morsi descendus dans la rue. Ils réclament la "chute" du président, et lui ont donné lundi matin jusqu'à mardi 17 heures (heure locale) pour quitter le pouvoir. En cas de refus, ce "sera le début d'une campagne de désobéissance civile totale".

Francetv info revient sur ces heurts et sur les motifs de la contestation.

Où ont eu lieu les affrontements les plus violents ?

Six personnes ont été tuées à Beni Suef et trois autres dans les provinces de Kafr al-Cheikh, du Fayoum et d'Assiout, au sud du Caire, la capitale du pays, au cours d'affrontements. Ces violences ont aussi fait des dizaines de blessés aux abords de locaux des Frères musulmans, selon les services de sécurité.

Au Caire, huit personnes sont mortes dans des heurts entre partisans et adversaires du président islamiste Mohamed Morsi. Un manifestant est mort asphyxié devant le palais présidentiel. Selon Reuters, près de 600 personnes ont été blessées dimanche.

(Reuters)

Selon des associations de défense des droits des femmes, des groupes d'hommes ont par ailleurs agressé sexuellement au moins 43 femmes, dont une journaliste étrangère, sur la place Tahrir.

Des manifestations anti-Morsi ont aussi eu lieu à Alexandrie, deuxième ville du pays, où un manifestant est mort à la suite de ses blessures. D'autres heurts ont eu lieu à Menouf et El-Mahallah, dans le delta du Nil, ainsi qu'à Port-Saïd et Suez, et jusque dans la ville natale de Morsi, Zagazig, au nord-est du Caire.

Le QG des Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, a été attaqué avec des cocktails Molotov et des tirs de chevrotine. Il a à nouveau été pris pour cible, lundi matin. Des manifestants égyptiens ont pillé et occupé le bâtiment.

Quelles sont les revendications des manifestants ?

La principale coalition de l'opposition égyptienne a appelé les manifestants à rester dans la rue jusqu'à la démission du régime "dictatorial" de Mohamed Morsi. Le président égyptien est accusé de gouverner au seul profit des islamistes et de laisser l'économie s'effondrer. Pour les opposants, les Frères musulmans veulent accaparer tous les pouvoirs et ont trahi les objectifs de la révolution, dont la justice sociale et le respect des libertés individuelles.

Un des principaux dirigeants de l'opposition, le nationaliste de gauche Hamdeen Sabbahi, a appelé l'armée à "agir" pour "faire respecter la volonté du peuple" si Mohamed Morsi ne partait pas de lui-même.

Lundi, le mouvement Tamarrod, à l'origine de la contestation, a lancé un ultimatum au président égyptien. "Nous donnons à Mohamed Morsi jusqu'à mardi 2 juillet à 17 heures pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée", affirme un communiqué de Tamarrod.

Quelle est la réponse du président égyptien ?

Mohamed Morsi n'a pas fait d'intervention publique. Il s'est contenté de la publication d'un entretien dans le journal britannique The Guardian (en anglais), dimanche. Dans cette interview, il rejette les appels à la démission, expliquant que, selon lui, la Constitution cristallise les crispations. "Il peut y avoir des manifestations, et ils peuvent exprimer leur opinion. Mais le point critique reste l'adoption et l'application de la Constitution", affirme-t-il.

La présidence a aussi réagi en affirmant que "le dialogue était la seule façon de parvenir à une entente" et qu'elle était "ouverte pour lancer un véritable et sérieux dialogue national". Toutefois, un porte-parole de Mohamed Morsi a reconnu que le chef de l'Etat avait commis des erreurs, tout en estimant que les manifestations s'étaient dans l'ensemble déroulées pacifiquement, et qu'il s'agissait d'un "nouveau jour de pratique de la démocratie".