Discret retour au calme au Forum économique mondial de Davos

Chaque hiver, les grands patrons, banquiers et responsables politiques se retrouvent dans la petite station de ski suisse. Et alors que l'an passé, de nombreuses Cassandre annonçaient des crises à venir (chute de la zone euro...), l'édition 2013 du Forum économique mondial a souligné le retour d'un optimisme prudent.

(Pascal Lauener Reuters)
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"Les choses sont moins pires que l'année dernière ". La formule de l'économiste Nouriel Roubini, surnommé "Docteur Catastrophe" du fait de ses prédictions souvent apocalyptiques, synthétise à elle-seule l'esprit qui a régné sur le Forum économique mondial (Wef) au cours de la semaine écoulée. L'année 2012 a marqué un timide retour au calme sur le plan économique.

L'an passé, le forum de Davos avait été marqué par les fortes interrogations sur la survie de la zone euro, les conséquences d'un atterrissage brutal de l'économie chinoise et les chances de reprise durable de l'économie américaine. C'est-à-dire la crainte d'une crise mondiale. 

Depuis quelques mois, la tendance générale est plutôt à annoncer une future sortie de crise. Pourtant, à Davos, concentré de tout ce que la planète compte de décideurs économiques, si l'optimisme est de retour, il n'est pas béat. Davos doute de la fin de la crise.

Toutes les armes anti-crises ont été utilisées

"Nous sommes tous soulagés aujourd'hui [...] mais nous devrions au contraire être très inquiets ! ", a affirmé Angel Gurria, le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), au cours d'une conférence à Davos.

Car, selon lui, presque toutes les armes anti-crise ont été utilisées : tant budgétaires que monétaires avec l'injection massive de liquidités par les banques centrales. La BCE a par exemple prêté fin 2011 quelque 1.000 milliards d'euros aux banques européennes. Plusieurs intervenants du Wef ont comme lui exprimé leurs craintes que les gouvernements se reposent sur les banques centrales devenues "héros " de l'économie mondiale.

Héros, car de nombreux participants du forum mettent au crédit des banquiers centraux la "relance de l'euro " perceptible en 2012. Et Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a été l'une des stars de cette édition du forum économique mondial.

"Do not relax "

Par ailleurs, la polémique enfle autour du Japon,accusé par de nombreux observateurs d'avoir réactivé une "guerre des monnaies". Ainsi, la chancelière allemande Angela Merkel a admis lors de ce forum "être préoccupée par le Japon ". Selon elle, et d'autres observateurs, le nouveau gouvernement japonais de Shinzo Abe aurait fait pression sur la Banque centrale japonaise (BoJ) pour faire baisser le taux du yen. Une "manipulation des taux de changes " dont se défend le pays du Soleil levant.

Cette édition du Forum économique de Davos a aussi vu le discours détonnant du président islandais, Olafur Ragnar Grimsson. Prenant à contresens le public - trié sur le volet - de la station suisse, il a encouragé à "penser davantage aux peuples qu'aux banques ", en prenant son pays pour exemple. Une île où "nous avons laissé les banques faire faillite er nous sommes occupés des citoyens, et ça a marché ", a-t-il affirmé.

Le spectre de la crise semble s'estomper, ont conclu les participants de ce Davos 2013, mais pas question de se reposer sur ses lauriers. Ainsi, la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde a conclu son discours d'un "do not relax ! " péremptoire. Retour au calme oui, mais la situation économique mondiale n'est pas rose pour autant.