Quatre questions sur l'essai d'une bombe nucléaire en Corée du Nord

La Corée du Nord a annoncé avoir mené un quatrième essai nucléaire. Il s'agirait du premier avec une bombe à hydrogène. Une affirmation qui intrigue et inquiète.

Un passant regarde à la télévision un reportage rapportant l'essai d'une bombe H en Corée du Nord, le 6 janvier 2016 à Séoul (Corée du Sud).
Un passant regarde à la télévision un reportage rapportant l'essai d'une bombe H en Corée du Nord, le 6 janvier 2016 à Séoul (Corée du Sud). (JUNG YEON-JE / AFP)
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L'annonce a fait l'effet d'une bombe. La Corée du Nord a déclaré mercredi 6 janvier avoir réussi son premier essai d'une bombe à hydrogène, un engin thermonucléaire, bien plus puissant que l'arme atomique ordinaire. Avec ce quatrième essai de son histoire, Pyongyang affirme ainsi poursuivre son programme nucléaire, malgré l'interdiction de la communauté internationale.

Ce nouveau défi lancé par le régime nord-coréen, à deux jours de l'anniversaire de son leader Kim Jong-un, soulève plusieurs questions. 

Quelles preuves a-t-on de cet essai ?

La Maison Blanche dit ne pas être en mesure de confirmer la véracité de cet essai d'une bombe H. Seule certitude, l'USGS, l'institut américain d'études géologiques, a fait état d'un tremblement de terre d'une magnitude de 5,1 en Corée du Nord, avant que Pýongyang n'annonce son essai nucléaire.

Or, selon des responsables sud-coréens, cette secousse a eu lieu à 49 kilomètres du site de Punggye-ri, dans une région isolée et montagneuse du nord-est du pays, à environ 100 km de la frontière avec la Chine et 200 km de la frontière russe, là où la Corée du Nord a mené des essais nucléaires par le passé. Et le précédent test nucléaire nord-coréen, en 2013, avait lui aussi provoqué un tremblement de terre d'une magnitude de 5,1, selon les données de l'USGS.

Ko Yun-Hwa, administrateur du service météorologique sud-coréen, présente les relevés d'activité sismique après l'annonce d'un essai nucléaire nord-coréen, le 6 janvier 2016 à Séoul (Corée du Sud).
Ko Yun-Hwa, administrateur du service météorologique sud-coréen, présente les relevés d'activité sismique après l'annonce d'un essai nucléaire nord-coréen, le 6 janvier 2016 à Séoul (Corée du Sud). (YONHAP / YONHAP / AFP)

A proximité de la frontière nord-coréenne, des habitants de la ville chinoise de Yanji ont vu leurs bureaux et leurs chaises trembler durant plusieurs secondes et certaines entreprises ont évacué leurs employés mercredi matin, d'après la télévision publique chinoise CCTV, citée par ABCDes fissures sont également apparues sur le terrain de sport d'un lycée, et des élèves qui participaient alors à un examen ont également été évacués.

Pourquoi a-t-on des doutes ?

L'existence d'une bombe H, qui utilise la fusion, serait une avancée technologique dans le programme nucléaire nord-coréen. Pour l'heure, Pyongyang n'a testé qu'une bombe A, utilisant la fission, à trois reprises, en 2006, 2009 et 2013. Très vraisemblablement à partir de bombes au plutonium à faible rendement pour les deux premiers essais et possiblement à l'uranium pour le troisième.

En décembre dernier, Kim Jong-un avait laissé entendre que son pays avait mis au point cette bombe H, rapportait Le Figaro. Mais cette déclaration avait été largement mise en doute par les spécialistes internationaux. Certains analystes se demandent désormais si l'essai de ce mercredi a réellement porté sur une bombe à hydrogène.

"La Corée du Nord a déjà par le passé fait des affirmations au sujet de son programme nucléaire et de son programme de missiles qui n'ont tout simplement pas tenu la route après enquête", explique au World Post Melissa Hanham, chercheuse au sein du centre américain James Martin pour les études de non-prolifération, basé en Californie. 

Yang Uk, chercheur au Forum coréen de la défense et de la sécurité, estime pour sa part qu'"au vu de l'ampleur, il est difficile de croire qu'il s'agit d'une vraie bombe à hydrogène". "Ils ont peut-être testé une sorte de bombe intermédiaire entre une bombe A et une bombe H mais, à moins qu'ils n'apportent des preuves irréfutables, il est difficile de prêter foi à leurs affirmations", assure-t-il à Reuters.

Y a-t-il des raisons de s'inquiéter ?

Si la Corée du Nord a réellement procédé à l'essai d'une bombe H avec succès, cela signifie qu'elle a réussi à miniaturiser la bombe nucléaire. Cela implique qu'elle peut être logée dans un missile – elle a déjà testé des missiles balistiques à plusieurs reprises. Cela ferait peser une nouvelle menace sur les Etats-Unis ainsi que sur ses alliés traditionnels que sont le Japon et la Corée du Sud, à portée de tir.

La Corée du Nord a toutefois assuré qu'elle n'utiliserait pas ses armes nucléaires que si ses droits souverains étaient violés. Tout en ajoutant qu'elle continuerait à augmenter ses capacités nucléaires.

Quelles conséquences pour la Corée du Nord ? 

La Corée du Nord fait déjà l'objet de sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies depuis 2006, année de son premier essai nucléaire. Pyongyang pourrait se voir infliger des mesures de rétorsion supplémentaires. Selon des diplomates, le Conseil de sécurité prévoit d'ailleurs de se réunir en urgence ce mercredi à New York, vers 17 heures.

La communauté internationale "condamne" unanimement cette nouvelle "provocation", à commencer par les voisins sud-coréens et nippons, dont les forces armées sont sur le qui-vive. La présidente sud-coréenne, Park Geun-Hye, et le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, ont immédiatement tancé Pyongyang. 

Des blindés sud-coréens déployés à la frontière entre les deux Corées, le 6 janvier 2016, à Paju près de la zone démilitarisée.
Des blindés sud-coréens déployés à la frontière entre les deux Corées, le 6 janvier 2016, à Paju près de la zone démilitarisée. (YONHAP / YONHAP / AFP)

L'Elysée dénonce lui aussi une "violation inacceptable des résolutions du Conseil de sécurité" de l'ONU et "appelle une réaction forte de la communauté internationale". Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, emploie un langage similaire. Quant à la Maison Blanche, elle promet une réponse "appropriée".

Même la Chine, principal allié diplomatique et commercial de la Corée du Nord, déclare "s'opposer fermement" au nouvel essai nucléaire de Pyongyang. Pékin souligne qu'il a été réalisé "en dépit de l'opposition de la communauté internationale". Le régime nord-coréen apparaît de plus en plus isolé. Ses relations avec l'allié historique chinois se sont tendues depuis que Pyongyang persiste, contre l'avis chinois, à effectuer ses essais nucléaires.