Essai nucléaire nord-coréen : "Un saut qualitatif important", mais pas "d'escalade délibérée" à craindre

Bruno Tertrais, géo-politologue a réagi dimanche à l'essai nucléaire nord-coréen, "un nouveau progrès très significatif" pour Pyongyang dans sa course à l'armement. 

Le secrétaire de la Défense américain, James Mattis, et le général Joseph Dunford, le 3 septembre 2017.
Le secrétaire de la Défense américain, James Mattis, et le général Joseph Dunford, le 3 septembre 2017. (NICHOLAS KAMM / AFP)
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Le nouvel essai nucléaire effectué par la Corée du Nord dimanche 3 septembre a suscité la condamnation de l'ensemble des grandes puissances. Pyongyang a affirmé avoir testé avec succès une bombe à hydrogène (bombe H) capable d'être montée sur un missile à longue portée. Les pays voisins de la Corée du Nord s'inquiètent pour leur sécurité. Le président américain a estimé que ces actes sont "hostiles et dangereux pour les Etats-Unis".

Invité de franceinfo, le géo-politologue Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), a estimé que cet essai est "saut qualitatif important." Selon lui, la Corée du Nord a "la capacité" d'atteindre les États-Unis avec ses missiles. Washington doit considérer que Pyongyang peut "fabriquer une arme suffisamment petite pour pouvoir être transportée sur un missile". Mais le géo-politologue ne craint pas "une escalade délibérée."

franceinfo : le nouvel essai effectué la nuit dernière est-il une étape importante dans la course à l'armement de la Corée du Nord ?

Bruno Tertrais : Quoiqu'il se soit passé cette nuit, c'est un saut qualitatif important. On ne peut pas savoir si c'est effectivement une bombe H. Ce que l'on sait, c'est que l'énergie dégagée par l'engin qui a été testé est très largement supérieure à tout ce qui a été fait par Pyongyang jusqu'à présent. Donc, dans tous les cas, c'est un nouveau progrès très significatif. La question est de savoir si la Corée du Nord a la possibilité de fabriquer une arme suffisamment petite pour pouvoir être transportée sur un missile, et rester aux conditions de pression et de température très particulières qui sont celles de la rentrée dans l'atmosphère. Personne ne le sait. Mais en tous cas, il est raisonnable, pour les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, de partir du principe que, désormais, elle peut le faire.

Y a-t-il un risque réel que la Corée du Nord puisse mettre au point des missiles capables d'atteindre les États-Unis ?

Le risque est réel. Elle en est tout près. Le test de missile qui a été réalisé il y a quelques semaines est un missile qui peut s'approcher des côtes américaines. L'essentiel est que les États-Unis doivent considérer qu'ils ont déjà cette capacité. S'ils ne l'ont pas encore, c'est une question de mois.

Par qui est aidée la Corée du Nord ?

Par personne. Il n'y a pas d'aide étatique connue à la Corée du Nord. C'est un pays qui investit depuis 50 ans dans son programme nucléaire et balistique. Elle a encore besoin de contourner les sanctions en important certains composants. Elle a probablement réussi à acheter des moteurs de fusée venant d'Ukraine ou de Russie. Elle a bénéficié de l'assistance de certains individus venant de l'ex-Union soviétique. Ce n'est donc pas en parfaite autonomie, mais sans l'aide d'un État en particulier.

Une escalade est-elle à craindre entre les États-Unis et la Corée du Nord ?

Non, je ne crains pas une escalade délibérée. Je ne crains ni une attaque balistique directe de la Corée du Nord, ni une attaque préventive américaine sur ce même pays. Je ne crois pas qu'on ait la volonté d'en découdre, d'un côté ou de l'autre. Le véritable problème c'est que vous avez d'un côté, un régime paranoïaque qui est prêt à prendre des risques, la Corée du Nord, et d'autre part, un président américain pour le moins sanguin.

Le risque, c'est plutôt l'escalade incontrôlée d'un incident mineur. Malheureusement, beaucoup de guerre commencent comme cela.

Bruno Tertrais, géo-politologue

à franceinfo

Les dernières semaines ont montré que les deux parties savaient plutôt bien maîtriser le jeu, notamment aux États–Unis. Il ne faut pas regarder que Donald Trump. Il faut regarder aussi ce que disent le secrétaire à la Défense James Mattis, ainsi que le reste du cabinet qui ne veulent pas d'escalade. Mais soyons prudents, parce qu'un incident est vite arrivé et l'escalade peut être mal maîtrisée.

"Soyons prudents, parce qu'un incident est vite arrivé et l'escalade peut être mal maîtrisée." Bruno Tertrais, géo-politologue à franceinfo
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