Corée du Nord : "Si le régime survit, c'est en grande partie grâce à l'assistance économique et politique de la Chine"

Face au regain de tension entre Pyongyang et Washington, Pékin affirme qu'elle répondra avec la plus grande fermeté en cas de nouvel essai nucléaire nord-coréen. Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, tempère toutefois cette affirmation. 

Un écran de téléviusion dans la gare de Séoul, le 15 avril 2017.
Un écran de téléviusion dans la gare de Séoul, le 15 avril 2017. (JUNG YEON-JE / AFP)
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La Chine a-t-elle changé de stratégie vis-à-vis de la Corée du Nord ? Alors que Pyongyang promet une réponse "sans pitié" en cas de menaces américaines, et qu'un porte-avions américain fait route vers la péninsule, Pékin affirme désormais qu'elle répondra avec la plus grande fermeté en cas de nouvel essai nucléaire nord-coréen.

"Depuis 2006, Pékin vote des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU critiquant les essais nucléaires de Pyongyang, sanctionnant la Corée du Nord, mais en ne franchissant pas certains seuils de sanctions qui risqueraient de provoquer un effondrement du régime", a tempéré Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique et coauteur avec Benjamin Decoin de Corée du Nord, plongée au coeur d'un Etat totalitaire, paru aux éditions du Chêne (2016), vendredi 14 avril sur franceinfo.

franceinfo : Quelle est l'influence réelle de la Chine sur la Corée du Nord ?

Antoine Bondaz : La Chine est l'allié et le premier partenaire de la Corée du Nord, et si le régime nord-coréen survit, c'est en grande partie grâce à l'assistance économique et politique de la Chine. Économique, car une grande partie des importations de pétrole ou de céréales nord-coréennes viennent de la Chine, et politique parce que la Chine depuis 2006 vote des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU critiquant les essais nucléaires de Pyongyang, sanctionnant la Corée du Nord, mais ne franchissant pas certains seuils de sanctions qui risqueraient de provoquer un effondrement du régime.

Il y a un double jeu de la part de la Chine ?

Il n'y a pas un double jeu, il y a en tout cas un double enjeu pour la Chine, c'est d'une part d'apparaître comme une puissance internationale responsable, critiquant son voisin pour avoir violé le droit international, et d'autre part répondre à son intérêt national, qui est le maintien de la stabilité dans la périphérie.

Donc Pékin n'a pas d'inquiétudes réelles sur le programme nucléaire de Pyongyang ?

Le programme nucléaire nord-coréen est avant tout considéré en Chine comme un moyen de contrer ce qui est perçu à Pyongyang comme une menace américaine. Et du côté de Pékin on explique que c'est le complexe d'insécurité des Nord-Coréens qui explique le développement de ces capacités. Évidemment, Pékin s'inquiète de l'escalade entre les États-Unis et la Corée du Nord.

Quand on entend l'armée nord-coréenne dire qu'avec des frappes, la présidence sud-coréenne serait pulvérisée en quelques minutes, ces menaces ne sont pas interprétées de la même façon à Pékin et à Washington ?

Ce que dit la Corée du Nord, c'est qu'en cas d'attaque américaine, la réponse nord-coréenne serait terrible sur la Corée du Sud, sur la ville de Séoul, qui est à 50 km de la frontière, mais aussi sur les bases américaines. Donc, les Chinois mettent en perspective ces menaces avec ce qui est considéré côté chinois également comme des provocations américaines. Du point de vue de Pékin, déployer le porte-avions américain dans les eaux territoriales sud-coréennes ne permet pas d'apaiser les tensions ou de régler le problème du programme nucléaire.

Est-ce que le déploiement de ce porte-avions est inédit ?

Non, ce même porte-avions était dans la même zone il y a seulement un mois. Ce qui diffère, c'est la médiatisation, et la série de tweets du président Donald Trump qui apparaît impulsive et imprévisible, et qui semble simplifier à l'extrême un problème extrêmement complexe. On s'inscrit dans une communication politique américaine qui vise à faire pression sur la Chine pour qu'elle change sa politique vis-à-vis de la Corée du Nord, qui vise aussi à faire pression sur la Corée du Nord pour la dissuader de tout nouvel essai nucléaire ou balistique. Et, c'est un point extrêmement important, c'est un message pour l'opinion publique américaine, pour marquer une rupture avec la présidence de Barack Obama. En tout cas il serait très difficile aujourd'hui pour les Américains de frapper la Corée du Nord sans risquer le déclenchement d'un conflit. En 1994 le Pentagone avait émis l'hypothèse de frappes au cours de la première crise nucléaire. Sa conclusion avait été que tout conflit dans la péninsule ferait au moins un million de morts.

Antoine Bondaz : "La Chine est l'allié et le premier partenaire de la Corée du Nord"
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