Quatre questions sur la bombe H, l'arme nucléaire revendiquée par le régime nord-coréen

La Corée du Nord a réalisé, dimanche 3 septembre, son sixième essai nucléaire, le plus puissant à ce jour, affirmant avoir testé avec succès une bombe à hydrogène.

Un nuage est provoqué par l\'essai d\'une bombe H américaine, le 1er novembre 1952, aux îles Marshall, dans le Pacifique.
Un nuage est provoqué par l'essai d'une bombe H américaine, le 1er novembre 1952, aux îles Marshall, dans le Pacifique. (DOE / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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"Une puissance sans précédent." La Corée du Nord a affirmé, dimanche 3 septembre, avoir réussi "parfaitement" le test d'une bombe à hydrogène pouvant être installée sur son nouveau missile balistique intercontinental. Cet essai nucléaire, le sixième de l'histoire du pays, visait à "atteindre le but final qui est de parachever la force nucléaire de l'Etat", selon la télévision officielle nord-coréenne. Franceinfo vous présente cette bombe et les enjeux de cet essai en quatre questions.

Qu'est-ce qu'une bombe H ?

La bombe H, "bombe à hydrogène" ou encore "thermonucléaire", repose sur le principe de la fusion nucléaire et libère une énergie supérieure aux températures et aux pressions en œuvre au cœur du soleil. Quand une bombe H éclate, des explosions chimique, nucléaire et thermonucléaire se succèdent en un laps de temps infinitésimal. Une première bombe à fission entraîne une très forte augmentation de la température, ce qui déclenche la fusion.

Des bombes H ont-elles déjà été testées ?

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU sont considérés comme des puissances nucléaires officielles : Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France et Chine. Tous possèdent la bombe H, selon les experts, mais aucune n'a à ce jour été utilisée en dehors de tirs d'essai.

Le 1er novembre 1952, les Etats-Unis ont fait exploser secrètement une bombe H dans les îles Marshall, en plein océan Pacifique. Un an plus tard, l'URSS a annoncé à son tour un tir thermonucléaire. La puissance de la plus grosse bombe H à avoir jamais explosé, l'essai soviétique "Tsar Bomba", le 30 octobre 1961, au-dessus de l'Arctique, était de 57 mégatonnes.

Quels dégâts peut provoquer une bombe H ?

La puissance de l'essai "Tsar Bomba" représente théoriquement près de 4 000 fois celle de la bombe atomique (bombe A) larguée sur Hiroshima, mesurée à 15 kilotonnes environ, qui avait fait quelque 140 000 morts, en août 1945. La deuxième bombe atomique contre le Japon, sur Nagasaki, trois jours après Hiroshima, avait une puissance de 17 kilotonnes et avait fait 70 000 morts.

L'application en ligne Nukemap, développée par un historien des sciences américain, permet de mieux se rendre compte des dégâts que pourrait provoquer une telle bombe sur un territoire habité. Si une bombe H aussi puissante que "Tsar Bomba" tombait sur la tour Eiffel, les effets seraient dévastateurs, comme le détaille L'Express. La zone de déflagration pourrait atteindre un rayon de six kilomètres (au-delà du périphérique) et le bilan humain serait estimé à 6,87 millions de morts et 3,94 millions de blessés en vingt-quatre heures.

Simulation grace au site Nukemap des dégats que provoquerait une bombe H sur Paris.
Simulation grace au site Nukemap des dégats que provoquerait une bombe H sur Paris. (NUKEMAP / FRANCEINFO)

La Corée du Nord a-t-elle vraiment testé une bombe H ?

Cet essai relance les débats sur l'éventuelle possession d'une telle arme par la Corée du Nord, d'autant qu'il est intervenu quelques heures après que Pyongyang a diffusé des photos montrant Kim Jong-un inspectant "une bombe thermonucléaire d'une très grande puissance" fabriquée "à 100% nationalement"Selon Melissa Hanham, une experte du Middlebury Institute of International Studies en Californie, ces photographies ne permettent pas à elles seules de déterminer si l'engin présenté est réellement une bombe H. Et des analystes étrangers émettent des doutes depuis des mois sur la capacité de la Corée du Nord à fabriquer une bombe H et à suffisamment la miniaturiser pour pouvoir l'installer sur un missile. 

Le 6 janvier 2016, Pyongyang avait déjà revendiqué un premier essai réussi de bombe H. Mais cette affirmation avait été remise en question par les spécialistes, qui avaient jugé que l'énergie dégagée, équivalent à une charge de six kilotonnes, était alors trop faible pour une bombe H. La magnitude constatée lors de ce quatrième essai avait été de 5,1. Lorsque la Corée du Nord a procédé à sa cinquième explosion nucléaire, en septembre 2016, avec une charge de 10 kilotonnes et d'une magnitude de 5,3, elle n'a pas déclaré qu'il s'agissait d'une bombe H.

Ce dimanche, la magnitude enregistrée a été de 6,3. "L'échelle de l'énergie était de cinq à six fois plus puissante que lors du cinquième essai nucléaire", a déclaré le chef de l'administration météorologique coréenne.