L'ONU s'attaque au problème des abus sexuels commis par des Casques bleus

Une résolution sur le sujet, votée vendredi avec difficulté, a pour objectif de pousser les pays des soldats fautifs à les sanctionner.

Des Casques Bleus de la Minusca, à Bangui (Centrafrique), en octobre 2015.
Des Casques Bleus de la Minusca, à Bangui (Centrafrique), en octobre 2015. (HERVE SEREFIO / CITIZENSIDE.COM / AFP)

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Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté vendredi 11 mars, avec difficulté, une résolution qui s'attaque pour la première fois aux abus sexuels commis par les Casques bleus. La résolution, proposée par les Etats-Unis, prévoit de rapatrier des contingents entiers de Casques bleus, en cas de soupçon d'abus sexuels ou d'exploitation sexuelle. Si un pays ne prend aucune mesure contre ses soldats fautifs, il pourra même être écarté totalement des opérations de maintien de la paix.

Selon le dernier rapport annuel du secrétaire général Ban Ki-moon, 69 cas d'abus sexuels auraient été commis par des Casques bleus en 2015, en "nette augmentation" sur 2014. Deux missions cumulaient en 2015 la moitié des cas: celles en Centrafrique (Minusca) et en RDCongo (Monusco). Le rapport a nommé pour la première fois 21 pays dont sont originaires les Casques bleus mis en cause. Ce problème endémique ne date pas d'hier et ne semble pas s'améliorer: depuis le début de l'année, 26 nouvelles accusations ont émergé.

L'Egypte craint de "ternir la réputation" des pays fournisseurs de Casques Bleus

Mais seuls les pays fournisseurs de soldats aux missions sont habilités à sanctionner pénalement les coupables et ils le font avec beaucoup de réticence. Le but de la résolutiona doptée vendredi est donc de faire pression sur eux afin qu'ils enquêtent rapidement et qu'ils punissent sévèrement leurs brebis galeuses, à l'image des militaires français de Sangaris, accusés de viols d'enfants en Centrafrique, qui font l'objet d'une procédure judiciaire en France.

Le vote du Conseil de sécurité a été acquis par 14 voix favorables et une abstention décidée par l'Egypte, après le rejet d'un amendement proposé par Le Caire qui aurait édulcoré le texte. Cette initiative avait d'emblée suscité des réserves de la part de plusieurs pays dont la Russie, l'Egypte et le Sénégal. Tout en "condamnant sans équivoque" les abus sexuels, l'Egypte critiquait une "punition collective" pour les crimes commis par "quelques dizaines" de brebis galeuses. Une telle approche risque d'avoir "un grave impact sur le moral du personnel et de ternir la réputation" des pays qui fournissent des Casques bleus, a averti vendredi l'ambassadeur égyptien Amr Abdellatif Aboulatta.

Les Etats-Unis veulent s'attaquer à ce "cancer"

Quatre pays,l'Angola, la Russie, la Chine et le Venezuela ont soutenu l'amendement égyptien, avant de se rallier finalement au texte américain. L'amendement égyptien "aurait nui à l'objectif de cette résolution", a expliqué l'ambassadrice américaine Samantha Power. Il s'agit, a-t-elle rappelé, de "s'attaquer enfin au cancer des abus et de l'exploitation sexuels, dont sont victimes des gens qui ont fait confiance au drapeau de l'ONU""Il n'est pas question d'infliger un blâme collectif" mais "d'adresser un message clair à tous: Casques bleus, policiers, personnel civil et forces internationales", a plaidé l'ambassadeur français François Delattre.

Les 16 missions de l'ONU dans le monde comptent plus de 100 000 soldats et policiers, fournis par 122 pays. Mais ce sont surtout des pays émergents ou en développement, à savoir l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh, qui fournissent plus de 7 000 hommes chacun, ou encore l'Ethiopie (8 300 hommes), le Rwanda (6 000 hommes), le Burkina Faso (3 000 hommes) et l'Egypte (2800 hommes).

Les Etats-Unis financent 28% de l'énorme budget annuel des opérations de maintien de la paix (8,3 milliards de dollars) mais ne déploient sur le terrain que 80 hommes.