Quatre questions sur le procès qui pourrait faire disparaître Greenpeace

L'organisation environnementale est poursuivie aux Etats-Unis par l'entreprise canadienne Résolu. Ce géant de la production de papier réclame 200 millions d'euros à l'ONG.

La forêt boréale dans la province du Manibota (Canada), le 1er décembre 2016.
La forêt boréale dans la province du Manibota (Canada), le 1er décembre 2016. (PAUL SOUDERS / BIOSPHOTO / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Greenpeace va-t-elle disparaître ? L'ONG environnementale a lancé, mardi 16 mai, une campagne pour dénoncer l'action en justice intentée contre elle aux Etats-Unis et au Canada par le groupe forestier canadien Résolu, dont le siège est situé à Montréal. Ce dernier réclame 300 millions de dollars canadiens (200 millions d'euros) à l'ONG, une somme qui menace son avenir. Greenpeace dénonce aujourd'hui une procédure "visant à museler la société civile" et à "intimider les critiques" et les opposants.

Franceinfo revient sur ce combat judiciaire.

Comment a démarré ce bras de fer ?

Depuis plusieurs années, les groupes environnementaux critiquent la gestion par Résolu des ressources forestières, en particulier la forêt boréale canadienne. "Cette zone est essentielle. (...) On y retrouve certaines des dernières vastes étendues de forêt naturelle non perturbée", explique à Télérama Clément Sénéchal, chargé de communication chez Greenpeace. Ces arbres abritent des espèces menacées et "protège[nt] le climat mondial puisqu'[ils] constitue[nt] l'un des plus importants réservoirs terrestres de carbone", poursuit-il. L'ONG assure qu'elle ne veut pas contester l'activité des entreprises forestières, qu'elle souhaite promouvoir une pratique "durable" et "responsable".

Que reproche l'entreprise à l'ONG ?

L'entreprise, premier groupe forestier au Canada, a répliqué dès 2013, avec une première poursuite pour diffamation et entrave aux relations économiques contre l'antenne canadienne de l'ONG. Elle avait accusé en 2015 Greenpeace d'avoir influencé la décision du label international de certification de développement durable de l'industrie forestière, FSC, de la priver de sa certification.

Résolu est passé à la vitesse supérieure en 2016, en intentant ce procès à 300 millions de dollars canadiens (200 millions d'euros). Le groupe forestier a indiqué, mardi, que ce procès intervenait après des "menaces, cyberattaques, intimidation des clients, destructions d'emplois, préjudice aux communautés locales et diffamation de la part de Greenpeace" à propos des méthodes d'exploitation de la forêt boréale canadienne. Dans l'entretien accordé à Télérama, l'ONG reconnaît avoir accusé, à tort, Résolu d'avoir construit une route forestière dans une zone sanctuarisée.

Comment riposte l'ONG ?

Face à cette plainte d'une ampleur inédite, Greenpeace joue la carte de la liberté d'expression. L'ONG a lancé un appel aux grands éditeurs comme Hachette, Penguin Random House, HarperCollins et Simon & Schuster de ne plus s'approvisionner en papier auprès de Résolu pour manifester leur "soutien aux défenseurs de la liberté d'expression à travers le monde". Elle a mis en ligne un rapport sur ce bras de fer, titré "Couper le droit à la parole : comment Résolu s’apprête à bâillonner la critique concernant ses pratiques d’exploitation forestière".

Quelles pourraient être les conséquences pour l'avenir de Greenpeace ?

Selon l'ONG, une victoire en justice de Résolu pourrait "créer un précédent dangereux" qui risquerait "d'encourager les entreprises à travers le monde à utiliser des tactiques similaires contre leurs détracteurs" sur d'autres enjeux environnementaux. A long terme, ce procès met "clairement en péril" l'ONG, estime Clément Sénéchal. A court terme, "nous sommes confrontés à une procédure qui va durer longtemps et coûter très cher en défense", regrette le porte-parole.

Plus nous passons de temps à nous défendre en justice, moins nous pouvons nous consacrer au reste, et pendant ce temps-là, Résolu l'emporte, et ce sont des forêts qui disparaissent...

Clément Sénéchal, chargé de campagne Greenpeace France

à Télérama