Au Canada, le gouvernement veut abolir la déchéance de nationalité

La révocation de la nationalité canadienne s'applique aux binationaux coupables de terrorisme ou d'espionnage.

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 11 février 2016 à Gattneau (Québec).
Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 11 février 2016 à Gattneau (Québec). (CHRIS ROUSSAKIS / AFP)

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En France, le gouvernement veut constitutionnaliser la déchéance de nationalité. Au Canada, c'est l'inverse. Jeudi 25 février, le gouvernement canadien du libéral Justin Trudeau a ouvert la voie à l'abrogation de cette mesure. La révocation de la nationalité canadienne pour les binationaux, reconnus coupables de terrorisme ou d'espionnage, y avait été adopté en mai 2015.

La décision avait été prise par le précédent gouvernement (conservateur) après l'attaque du Parlement fédéral par un aspirant jihadiste, en octobre 2014, à Ottawa. Cette mesure était destinée à "lutter contre la menace de terrorisme jihadiste", avait alors assuré l'administration dirigée par Stephen Harper. Au contraire, Justin Trudeau avait plaidé au cours de sa campagne électorale, "un Canadien, c'est un Canadien", et quel que soit son crime, le système judiciaire saura y répondre de façon adéquate.

"Il n'y a qu'une classe de Canadiens"

Un peu plus de trois mois après son entrée en fonction, le gouvernement libéral est donc passé de la parole aux actes. Il a déposé à la Chambre des communes – où il dispose d'une large majorité – un projet de loi abrogeant la déchéance de nationalité. La précédente loi "a créé deux classes de Canadiens et nous croyons fortement qu'il n'y a qu'une classe de Canadiens et que tous les Canadiens sont égaux", a résumé le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté.

Immédiatement, le parti conservateur a accusé le gouvernement de mettre en danger la sécurité nationale. L'opposition ne digère pas en particulier la décision de rétablir dans sa nationalité canadienne le seul homme, actuellement emprisonné, qui s'était vu retirer sa citoyenneté à l'automne dernier, en pleine campagne électorale. Emprisonné à perpétuité pour avoir planifié en 2006 des attentats à Toronto, Zakaria Amara aurait dû être expulsé en Jordanie au terme de sa peine.