La famille Moulin-Fournier lève le voile sur les conditions de sa détention

De retour en France après leur libération, vendredi, les otages français ont raconté, notamment sur France 2, leurs deux mois de détention au Nigeria. 

Tanguy Moulin-Fournier et sa femme Albane dans l\'avion qui les a ramené du Cameroun à Paris, le 20 avril 2013. 
Tanguy Moulin-Fournier et sa femme Albane dans l'avion qui les a ramené du Cameroun à Paris, le 20 avril 2013.  (PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)
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"On a eu des moments très durs physiquement." De retour à Paris samedi 21 avril après avoir été retenus en otages pendant deux mois par le groupe islamiste Boko Haram au Nigeria, les membres de la famille Moulin-Fournier ont commencé à lever le voile sur leurs conditions de détention. 

Retenus sous une bâche puis sous un arbre

Les Moulin-Fournier, enlevés le 19 février dans le nord du Cameroun alors qu'ils étaient en excursion dans un parc, ont été retenus "dans deux endroits", a expliqué Tanguy, le père de famille, sur France 2. "Le premier endroit, on avait une sorte de bâche, sous les ronces, qui faisait quoi... 16 m2", a-t-il décrit.

"On a vécu comme ça pendant trois semaines, tous ensemble réunis, à côté des personnes qui nous retenaient". "Après, on a changé d'endroit. On était dans une sorte de clairière, sous un arbre protecteur. Parce que sans ombre, étant donné la chaleur qu'il y a là-bas, on ne pouvait pas tenir", a-t-il continué. "On a vécu à la belle étoile, par terre." "Une nuit, des hyènes ont hurlé, les enfants ont reconnu leur cri", se souvient-il dans Le Journal du Dimanche (article sur abonnement). 

 

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Obligés de négocier de l'eau avec leurs ravisseurs

Aviez-vous "des échanges avec les ravisseurs?", interroge Laurent Delahousse sur France 2. "On parlait quotidiennement avec eux , pour demander de l'eau... Il fallait presque négocier l'eau", poursuit Tanguy Moulin-Fournier. "Cette eau, qui était souvent boueuse, parfois sentait l'essence, c'était la bataille de tous les jours, ça devient vite la crise, explique-t-il également dans le JDD. Il fallait tout le temps en redemander,elle arrivait une heure, deux heures plus tard. Nous avons souffert de la soif. Les enfants étaient évidemment prioritaires."

Heureusement, la famille n'a pas souffert de graves problèmes de santé. "On nous a apporté de vagues médicaments mais je suis pas sûr que le corps médical français les aurait conseillés, témoigne-t-il dans le JDD. Leur médecin faisait des diagnostics, mais on s'arrachait les cheveux. En fait, on faisait plus confiance à ma femme." 

Trois livres et un Scrabble pour passer le temps

Quand ils ont été enlevés, les Moulin-Fournier avait une boîte de Scrabble et trois livres sur eux. Deux pour les enfants : Les Fables de la Fontaine et La Chèvre de monsieur Seguin et un pour les adultes, Gatsby le magnifique, de Francis Scott Fitzgerald. "Je l'ai lu quatre fois, ma femme trois fois, et nous avons commencé à l'apprendre par cœur avec mon fils aîné", raconte Tanguy dans le JDD.

Quant à la boîte de Scrabble, "elle nous a sauvés. Nous avons fait un  nombre de partie incroyables".

Les enfants et la prière pour tenir

Les quatre enfants, notamment par le "rythme" qu'ils imposaient aux adultes, ont été "porteurs", a souligné leur oncle Cyril sur France 2. Et d'expliquer : "Il y avait des activités. On pliait les couvertures le matin. On allait préparer le petit-déjeuner... ce qui était important pour maintenir le rythme au quotidien."

"Les enfants vont très bien, ils ont très bien résisté, ils n'ont pas pleuré, pas fait de cauchemars", a de son côté souligné leur mère, Albane. "Ils étaient des enfants... qui jouent avec ce qu'ils trouvent, des morceaux de bois, des boîtes de sardines vides..." 

La prière a aussi permis à cette famille de confession catholique de "tenir". "On n'avait pas de Bible mais un petit livre de prières", précise le père dans le JDD.