Les Etats-Unis et la Chine négocient l'avenir du dissident Chen Guangcheng. L'avocat aveugle, échappé dimanche de son domicile où il était assigné à résidence, se trouve sous "protection" américaine, a annoncé samedi 28 avril l'ONG China Aid, basée aux Etats-Unis. 

Selon des proches de Chen en Chine, il pourrait effectivement avoir trouvé refuge à l'ambassade des Etats-Unis à Pékin après une évasion mystère, mais Washington n'a pas confirmé.

• Son combat contre les excès de la politique de l'enfant unique

Avocat autodidacte, frappé de cécité dans l'enfance, Chen Guangcheng a milité contre les excès de la politique de l'enfant unique en Chine. "Révulsé par les avortements et stérilisations forcées," écrit Libération (article payant), l'avocat a mis à jour des documents et témoignages accablants. Au cours de sa carrière, l'homme de 40 ans a dénoncé les avortements pratiqués par "des officilels organisés comme des commandos", "jusqu'au neuvième mois de grossesse", et a rapporté des cas de tortures sur les familles. 

Condamné à quatre ans et trois mois de prison pour un fait mineur en 2006, le dissident a été assigné à résidence dès sa sortie en 2010. Malgré son handicap, le dissident a pu s'enfuir dimanche dernier au nez et à la barbe des dizaines d'hommes de main du régime qui l'empêchaient depuis 19 mois de sortir de son domicile de la province du Shandong (est).

• Il fuit et interpelle le Premier ministre 

L'avocat a confirmé lui-même vendredi sa fuite dans une vidéo publiée sur internet, dans laquelle il s'adresse directement au chef du gouvernement, Wen Jiabao. "Cher Premier ministre Wen, je me suis finalement échappé, annonce le dissident aux lunettes noires. Je peux prouver que toutes les rumeurs qui circulent sur l'internet et que les abus dont j'ai souffert sont réels", dit-il.

Il demande au chef du gouvernement que sa famille soit épargnée et livre les noms de plusieurs responsables locaux ayant infligé des mauvais traitements à sa femme, son fils, sa mère et lui-même depuis la fin 2010. 

Chen propose à Wen Jiabao "de conduire une enquête approfondie sur (son) cas", expliquant que le traitement subi par lui-même et sa famille sous le régime de cette assignation à résidence officieuse "est trop cruel et pourrait être dommageable à l'image du Parti" communiste. "Si quelque chose de mal arrive à ma famille, je ne cesserai de demander que les responsables rendent des comptes", prévient-il; mettant en cause des relais "locaux du gouvernement" et "de la police", qu'il accuse de corruption.

• Un cas embarassant pour les relations entre la Chine et les Etats-Unis

La fuite et le message du dissident embarrassent le régime chinois. S'il se confirmait qu'il est sous protection de la diplomatie américaine, l'affaire serait extrêmement sensible à quelque jours du déplacement en Chine de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton. 

L'organisation China Aid a par ailleurs appelé Washington a "garantir la sécurité (de Chen) et à s'assurer que la famille de Chen ne subisse pas de représailles", estimant que cette affaire constituait "un moment charnière pour la diplomatie américaine des droits de l'Homme"