A Moscou, "les mêmes personnes votent dans les bureaux n° 2164 et 2166" : les témoignages sur les fraudes électorales observées à travers la Russie affluaient dimanche 4 mars, en plein scrutin présidentiel"A Vladivostok, au bureau n°155, des électeurs ont découvert (en arrivant) qu'ils avaient déjà voté !", indique ainsi sur son site le parti démocrate Iabloko, qui a déployé, tout comme plusieurs autres partis d'opposition, associations et médias indépendants, de nombreux observateurs dans le pays pour suivre de près le scrutin.

"Des liasses de bulletins ont été jetées dans l'urne à Briansk, Tambov, Nijni-Novgorod ou encore Novossibirsk", recense par ailleurs Iabloko, dont le candidat, Grigori Iavlinski, a été disqualifié pour l'élection fin janvier, au motif d'irrégularités dans la collecte des deux millions de signatures de soutien.

Dans la région d'Orenbourg, tout un groupe de minibus, transportant les électeurs de bureaux en bureaux pour voter plusieurs fois - une pratique appelée "le manège" - a été arrêté, indique de son côté le parti communiste. Et à Toula, au sud de Moscou, "les pneus des voitures des observateurs du parti communiste ont été crevés", une façon de les empêcher de se rendre dans les bureaux de vote pour assurer leur mission. Les observateurs de Saint-Pétersbourg recensent notamment une personne décédée dans la liste des électeurs d'un bureau de la ville.

Une "carte des fraudes" sur le site internet d'une ONG

Les témoignages se multiplient aussi sur le site de l'ONG Golos, qui réalise une carte des fraudes interactive en ligne en coopération avec l'édition russe du magazine américain Forbes. A la mi-journée, plus de 2 000 messages de personnes dénonçant des violations avaient été déjà publiés sur le site de l'ONG, qui avertit toutefois que la véracité des informations n'est pas vérifiée.

Dans le Caucase, une vidéo issue d'une webcam officielle placée dans un bureau de vote du Daguestan montre un homme insérant, sans s'arrêter, des centaines de bulletin de vote dans une urne électronique. La commission électorale dit avoir invalidé ce bureau, et le parti de Vladimir Poutine estime qu'il s'agit d'un simple transfert d'urne.

 

 Plus que jamais, les fraudes électorales sont au centre de toutes les attentions lors de ce scrutin, qui devrait ramener au Kremlin l'actuel Premier ministre Vladimir Poutine, qui y avait déjà effectué deux mandats entre 2000 et 2008. Particulièrement depuis que des témoignages et des vidéos de violations publiés sur internet lors des élections législatives de décembre dernier, remportées avec près de 50% des voix par le parti au pouvoir Russie Unie, ont poussé des milliers de Russes à manifester contre le résultat des élections, dans un mouvement de contestation sans précédent depuis l'arrivée de Vladimir Poutine à la tête du pays.