Feng Jianmei, sur un lit d'hôpital, après son avortement forcé 
Feng Jianmei, sur un lit d'hôpital, après son avortement forcé  ( QUIRKY CHINA NEWS / REX/REX/SIPA)

Une jeune Chinoise allongée sur un lit. A ses côtés, son enfant avorté de sept mois, gisant mort sur un morceau de plastique. Elle le regarde et l'enveloppe de son bras. Depuis trois jours, cette photographie choquante fait le tour d'internet en Chine. 

C'était le second, l'enfant "de trop" pour les autorités chinoises qui imposent une stricte politique de l'enfant unique. Enfin presque. En échange d'une amende de 4 200 euros, elles autorisent les familles à s'agrandir d'une tête. Feng Jianmei, la maman, n'avait pas cet argent pour sauver le bébé. Elle a été avortée de force par les employés du planning familial de la province du Shaanxi. 

Les yeux bandés et les membres sanglés sur une table, la jeune femme a subi une injection de poison pour tuer son fœtus. Selon le recit de son mari, ils l'ont ensuite obligée à signer un document administratif certifiant qu'elle avortait de son plein gré. C'était le 30 mai et, trois jours plus tard, l'enfant est mort-né à l'hôpital.

Une photo qui enflamme le web chinois

Sur Weibo, le Twitter chinois, on dénonce un traitement inhumain et on s'autorise même quelques critiques, rapporte le média chinois Global Times (article en anglais) : "Voilà notre société, perverse et sans humanité....", s'exclame un internaute. "Seuls les riches peuvent faire des gosses."  Un autre commente : "Chez moi, les femmes enceintes d'un enfant illégal se laissent avorter même quand leur ventre est gros, car elles savent que ça ira très mal pour elles si elles insistent."

Submergées par les protestations populaires, les autorités ont réagi en expliquant que le planning familial devait s'en tenir à "persuader" les femmes enceintes d'un second enfant d'avorter. Le Global Times précise que la Chine interdit l'avortement après six mois de grossesse. "Si le cas de Feng Jianmei est vrai, les autorités locales ont clairement violé la loi et doivent être punies", affirme le journal.

De son côté, un avocat de Pekin, Zhang Kai, dit avoir reçu une vingtaine de témoignages d'avortements forcés dans toute la Chine depuis le début de l'affaire. En 2005, Chen Guangcheng, un avocat connu pour avoir fui récemment le pays, avait révélé des milliers de cas d'avortement et stérilisations forcés. A l'époque déjà Pékin avait minimisé, évoquant des cas extrêmes. Peu après, Chen a été condamné à la prison. Un slogan du planning familial clame toujours : "Mieux vaut dix tombes fraîches qu'un enfant de trop."