Attentat de San Bernardino : pourquoi Apple refuse de débloquer l'accès au téléphone d'un des tireurs pour le FBI

Le patron de la marque, Tim Cook, affirme avoir déjà coopéré avec les autorités mais juge les demandes du FBI "trop dangereuses".

Des enquêteurs du FBI examinent le véhicule dans lequel les deux suspects de la tuerie de San Bernardino ont pris la fuite, le 3 décembre 2015, en Californie.
Des enquêteurs du FBI examinent le véhicule dans lequel les deux suspects de la tuerie de San Bernardino ont pris la fuite, le 3 décembre 2015, en Californie. (MIKE BLAKE / REUTERS)
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Une juge américaine exige qu'Apple aide le FBI à accéder au contenu crypté du téléphone portable d'un des auteurs de l'attaque de San Bernardino, qui avait fait 14 morts début décembre en Californie. Mais la firme refuse d'appliquer cette décision. 

Dans son jugement, rendu mardi 16 février, Sheri Pym demande à Apple de fournir un logiciel utilisable seulement sur l'iPhone 5C pour permettre aux enquêteurs de contourner l'effacement automatique des données, qui intervient normalement après un certain nombre de tentatives infructueuses pour deviner le mot de passe de déverrouillage.

Une requête "sans précédent" qui "menace la sécurité" des clients, s'insurge Tim Cook, patron d'Apple, dans une longue lettre postée sur le site internet (en anglais) de la marque. "Nous n’avons aucune sympathie pour les terroristes", se défend-il. Voici les raisons pour lesquelles Apple refuse de débloquer l'accès au téléphone d'un des tireurs de San Bernardino.

Pour ne pas "hacker ses propres utilisateurs"

Depuis quelques mois, les autorités américaines demandent de manière de plus en plus pressante l'aide des groupes technologiques dans la lutte contre les jihadistes qui cryptent de plus en plus leurs messages. Mais les industriels, échaudés par le scandale de la NSA et soucieux de leur image auprès de l'opinion, sont réticents à l'idée de baisser le niveau de cryptage. 

"Nous nous opposons à cette décision qui a des implications dépassant largement le cadre légal de cette affaire", écrit le PDG d'Apple. "Les clients attendent d'Apple et des autres entreprises de technologies qu'elles fassent tout en leur pouvoir pour protéger leurs informations personnelles" et c'est pourquoi le groupe a recours au cryptage, justifie Tim Cook. "Le gouvernement nous demande de hacker nos propres utilisateurs", s'étonne-t-il.

Parce que ce serait "trop dangereux"

"Quand le FBI a demandé des données que nous avions en notre possession, nous les avons fournies", assure Tim Cook. "Mais le gouvernement américain nous demande désormais quelque chose que nous n'avons pas et quelque chose que nous considérons trop dangereux pour être créé. Ils nous ont demandé de concevoir un moyen détourné de pénétrer dans l'iPhone", ajoute-t-il. En clair, céder à la justice américaine sur ce cas particulier serait trop dangereux pour la suite.

Pour le patron d'Apple, créer ce "backdoor" reviendrait à créer "un passe-partout dans le monde physique capable d'ouvrir des centaines de millions de verrous, qu'il s'agisse de restaurants, de banques, de magasins ou de maisons". "Le gouvernement suggère que cet outil pourrait n'être utilisé qu'une seule fois, remarque Tim Cook. Mais ce n'est tout simplement pas vrai. Une fois créée, la technique pourrait être utilisée à l'infini, sur tous types d'appareils."

Pour "protéger les libertés"

"Au final, nous craignons que cette demande mette à mal les libertés que notre gouvernement est censé protéger", explique le PDG d'Apple. Comme le souligne le site spécialisé Numerama.com, pour convaincre le grand public de sa bonne fois, Tim Cook menace : "Le gouvernement pourrait étendre cette violation de la vie privée et demander qu’Apple conçoive des logiciels de surveillance pour intercepter vos messages, accéder à vos dossiers médicaux ou vos données financières, tracer votre localisation ou même accéder au micro ou à la caméra de votre téléphone sans que vous le sachiez."