“Le secteur privé se porte bien.” En six petits mots, Barack Obama a commis, vendredi 8 juin, la première grosse gaffe de sa campagne. Mais ce n'est que la dernière d'une salve de mauvaises nouvelles pour son équipe, qui contemplait jusqu’ici d’un œil tranquille la campagne un brin laborieuse de Mitt Romney. 

Chiffres catastrophiques pour l'économie, défaite électorale, polémique sous les fenêtres de la présidence, la Maison Blanche traverse une zone de sérieuses turbulences.

• Le chômage repart à la hausse

La série noire commence le 1er juin. Pour la première fois depuis un an, le département du Travail annonce pour le mois de mai un taux de chômage en hausse, à 8,2%. Les embauches ont progressé à leur rythme le plus faible depuis douze mois, avec seulement 69 000 emplois nets créés. Un chiffre insuffisant pour compenser l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché du travail.

Le président pointe du doigt ses adversaires. "Si ils [les parlementaires républicains, majoritaires à la Chambre des représentants] avaient pris toutes les mesures que j'avais défendues en septembre, nous aurions pu remettre encore plus d'Américains au travail", affirme-t-il, jeudi 7 juin, en référence à son plan de 450 milliards de dollars, en partie rejeté par le Congrès à l’automne 2011.

• Le président met les pieds dans le plat

L’effort est louable, mais vain. En ces temps difficiles, le président en exercice porte sur ses épaules l’essentiel du fardeau politique que représente la situation économique. Barack Obama en est bien conscient, et convoque la presse vendredi 8 juin, une semaine après l’annonce des chiffres, pour un discours consacré à l’économie (retranscription en anglais). Objectif : souligner l’impact de la crise européenne, dont on ne saurait lui faire grief, sur l’économie américaine.

Dans la salle, les journalistes ne s’y laissent pas prendre. "Les républicains disent que vous mettez sur le dos de l’Europe l’échec de vos propres politiques, souligne l’un d’entre eux. Le président veut relativiser : le secteur public plombe les chiffresexplique-t-il. Le secteur privé se porte bien." En coulisses, les conseillers du président ont dû frémir. Alors quedes millions d'Américains sont au chômage, la phrase est plus que maladroite. Quelques heures plus tard, Barack Obama, visiblement nerveux, convoque à nouveau la presse à la Maison Blanche pour tenter de rectifier le tir.

Trop tard. Mitt Romney s'est déjà emparé de la phrase, fustigeant "l'incroyable incompréhension" manifestée par un président "déconnecté". En deux jours, sa campagne publie deux clips répétant à l’envi la séquence clé.

• La Maison Blanche est sur le banc des accusés

Cette mauvaise publicité tombe mal pour le président, empêtré depuis des semaines dans une polémique sur une série de fuites portant sur des informations confidentielles. En cause : un attentat d'Al-Qaïda déjoué, raconté par Associated Press (voir la dépêche publiée par USA Today), une campagne de cyberattaques visant l'Iran et une "liste noire" de terroristes exposée dans le New York Times ou encore des attaques de drones au Yémen et dans la Corne de l'Afrique, racontées un peu partout dans la presse...

La Maison Blanche est accusée de faire fuiter ces informations à des fins politiques, pour mettre en valeur le bilan à l'international du président, souvent accusé de faiblesse par ses adversaires. Barack Obama dément, mais le doute subsiste malgré la nomination de deux procureurs spéciaux chargés de mener l'enquête.

Le président américain Barack Obama sur le point d'embarquer sur Air Force One le 2 juin 2012 à Chicago (Etats-Unis).
Le président américain Barack Obama sur le point d'embarquer sur Air Force One le 2 juin 2012 à Chicago (Etats-Unis). (JASON REED / REUTERS)

• Le camp démocrate encaisse (dans les urnes)

Sur le plan purement politique, les nouvelles ne sont guère meilleures.  Mardi 5 juin, les démocrates ont essuyé une cuisante défaite dans le Wisconsin. Partie en guerre contre le gouverneur républicain Scott Walker, qu'ils ont défié dans une recall election (procédé permettant aux Etats-Unis de provoquer une nouvelle élection avant la fin du mandat lorsqu'un nombre suffisant de signatures est réuni), l'opposition locale est repartie la queue entre les jambes. Le camp démocrate va devoir se remettre en bon ordre pour gagner dans le Wisconsin, un swing state (Etat pouvant basculer démocrate ou républicain), en novembre.

Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule, les rapports officiels des deux campagnes révèlent la même semaine que Mitt Romney et le Comité national républicain (RNC, instance nationale du parti) ont, en mai, pour la première fois depuis le début de l'année, levé davantage de fonds que Barack Obama et le parti démocrate. Certes, Mitt Romney capitalise sur la fin officieuse, sinon officielle, des primaires républicaines. Mais pour l'équipe de campagne du président, réputée ultra performante sur ce plan, l'annonce sonne comme un avertissement.

• Les amis trébuchent

Celle-ci a déjà fort à faire pour gérer quelques alliés pas toujours au point. A l'image de Bill Clinton, soutien actif mais parfois encombrant de Barack Obama, qui défend les baisses d'impôts pour les riches de l'ère Bush (il s'excuse de cette erreur d'appréciation dès le lendemain, comme le rapporte Politico) et critique à demi-mot les attaques contre la carrière de businessman de Mitt Romney. La cerise sur le gâteau républicain.