Les républicains n'ont pas encore choisi leur candidat, mais les démocrates ont déjà trouvé leur adversaire : Mitt Romney. Peu concernée par la folie des primaires, l'équipe de campagne de Barack Obama reste pour l'instant discrète, mais ses attaques sont ciblées. En ligne de mire : l'ex-gouverneur du Massachusetts, plus que jamais favori côté républicain après sa victoire au caucus de l'Iowa mardi 3 janvier.

A la tête d'une campagne très organisée et des réserves financières les plus importantes de son parti, Mitt Romney est le seul à être resté relativement stable dans le peloton de tête des prétendants à l'investiture. Ce modéré peut aussi espérer séduire les électeurs du centre, dont le vote est souvent décisif pour la présidentielle. L'équipe de campagne d'Obama n'a donc pas attendu le début officiel des primaires pour l'égratigner.

"Mitt Romney la girouette"

Dès octobre, le Comité national démocrate a défini son angle d'attaque : Mitt Romney est une girouette ("flip-flopper" en anglais) à laquelle personne ne peut se fier. "A travers l'ensemble du spectre politique, les gens se posent la même question : 'Si vous êtes prêt à changer de position sur vos principes fondamentaux, comment pouvons-nous savoir ce que vous ferez une fois président ? Comme pouvons-nous vous faire confiance sur l'homme que vous serez ?'", lançait le 12 octobre David Axelrod, stratège de la campagne Obama, dans une conférence de presse relatée par le Washington Post (article en anglais).

Le créneau n'a rien d'original. Dans le camp républicain, le candidat modéré est critiqué par ses opposants en raison de ses changements de position sur l'avortement, le mariage gay ou encore la recherche sur les cellules souches, des sujets sensibles pour l'électorat conservateur. Les démocrates se sont engouffrés dans la brèche, créant successivement deux sites internet soulignant les errements de Mitt Romney : WhichMitt.com et MittvMitt.com.

Sur ce dernier, lancé fin novembre, une vidéo dont l'esthétique emprunte à l'univers de la science-fiction raconte à coups d'images d'archives "l'histoire de deux hommes piégés dans un seul corps" (vidéo en anglais).

Un passé de businessman

Les stratèges démocrates savent appuyer là où ça fait mal. Parmi les sujets sensibles : l'expérience de Mitt Romney dans le milieu des affaires, que le candidat présente comme un atout en temps de crise. 

Avant de se lancer en politique, cet ancien missionnaire mormon a fait fortune en fondant avec des associés Bain Capital, un fonds qui a repris ou investi dans plusieurs sociétés aux destinées diverses. Au début des années 1990, l'arrivée du fonds au capital d'Ampad, une entreprise de papeterie, n'a pas laissé que de bons souvenirs : la société, restructurée, a fini par faire faillite, laissant des dizaines d'employés sur le carreau.

Randy Johnson était l'un d'entre eux. Les démocrates l'ont fait venir dans l'Iowa à la veille du caucus. "J'ai vraiment l'impression qu'il ne se souciait pas des travailleurs. Tout était orienté vers le profit plutôt que les personnes", a-t-il expliqué devant la presse, dont le New York Times.

Un témoignage gênant pour Mitt Romney alors que le taux de chômage atteint 8,6 % aux Etats-Unis. "Je suis très fier de mon passé ; nous avons aidé à créer plus de 100 000 emplois [grâce à notre activité]", a aussitôt répliqué Mitt Romney, attaquant Obama sur son propre bilan, comme le rapporte le Washington Post.

Le candidat des riches

Présenter Mitt Romney comme un candidat qui néglige les Américains touchés par la crise est un coup qui porte. Les démocrates le savent et diffusent le message aux endroits stratégiques. Dans l'Arizona, qu'ils espèrent ravir aux républicains, ils ont publié un clip (en anglais) où Mitt Romney affirme que les saisies immobilières, très fréquentes dans cet Etat, ne doivent pas être empêchées.

Le candidat a beau lutter contre son image de "candidat des riches", les chiffres ne l'aident pas. Selon un sondage réalisé par CNN sur le vote dans l'Iowa, il n'a obtenu que 16 % des suffrages parmi les républicains gagnant moins de 50 000 dollars par an (38 000 euros). La proportion diminue avec le revenu des votants.

Le camp Obama a aussitôt commenté ces statistiques bienvenues. "Romney a perdu le soutien de la classe moyenne", lance sur Twitter Stephanie Cutter, directrice adjointe de la campagne démocrate. A l'entendre, Mitt Romney aurait presque enregistré une cinglante défaite dans l'Iowa. Il est pourtant arrivé en tête avec 24,6 % des voix, un score honorable pour un Etat où le candidat n'a fait campagne que très tardivement. Mais les démocrates, cités par Politico (en anglais), y voient un manque criant d'"enthousiasme" pour leur rival.