Le "revenge porn", cette basse vengeance qui fait des émules jusqu'en France

A Metz, un homme a été condamné pour avoir diffusé des photos dénudées de son ex-petite amie sur Facebook, un cas qui pourrait faire jurisprudence.

Capture d'écran du site Is Anyone Up, principal site de "revenge porn" aux Etats-Unis, quelques jours avant sa fermeture en avril 2012.
Capture d'écran du site Is Anyone Up, principal site de "revenge porn" aux Etats-Unis, quelques jours avant sa fermeture en avril 2012. ( FRANCETV INFO )

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C'est un type d'affaires encore rare dans les tribunaux en France. Jeudi 3 avril, un homme de 35 ans a été condamné à 12 mois de prison par le tribunal correctionnel de Metz pour avoir diffusé, sur Facebook et des sites de rencontre, des photos dénudées de son ancienne compagne, sans son consentement.

Aux Etats-Unis, le "revenge porn" (la vengeance par la pornographie) est devenu un problème de société et six Etats ont promulgué des lois pour punir cette pratique. Mais ailleurs, les victimes se heurtent parfois au scepticisme des autorités et à l'absence de textes de lois adaptés. 

Aux Etats-Unis, des sites spécialisés

Le concept du "revenge porn" est tristement simple : après une rupture mal digérée, un des conjoints, des hommes dans une écrasante majorité, poste publiquement sur internet des photos ou vidéos à caractère sexuel de son ex, bien sûr sans son accord. Des images le plus souvent prises avec le consentement de la personne visée mais destinées à rester dans un cadre privé. Envoyées à des proches, postées sur Facebook ou des sites de rencontre, parfois mises en ligne sur des sites pornographiques : les moyens de diffusions de ces images sont variés.

Aux Etats-Unis, des sites dédiés ont même été créés il y a quelques années, contribuant à populariser la pratique du "revenge porn". Kevin Bollaert, le créateur californien d'un de ces sites, n'encourageait pas seulement les internautes à lui envoyer des photos de leurs anciennes compagnes : il offrait aux victimes, sur un site parallèle, la possibilité de voir leurs photos retirées, moyennant des sommes entre 300 et 350 dollars, rapporte The Daily Dot (en anglais). Quant à Hunter Moore, surnommé "l'homme le plus détesté d'internet" et fondateur du site de "revenge porn" le plus célèbre, le FBI l'accuse d'avoir piraté les ordinateurs de nombreuses victimes pour alimenter son site en photos privées.

Elle apprend l'existence des photos par ses élèves

Le journal 20 Minutes recense deux autres affaires similaires en France, dans le Doubs et en Basse-Normandie, jugées en 2013 et 2014. Dans les deux cas, la vie des victimes a été bouleversée. "Je n'osais plus sortir de chez moi de peur qu'on me reconnaisse", a témoigné l'une d'elles à la barre citée par Ouest-France, quand la seconde a arrêté de manger et a fait de l'eczéma, raconte Le Progrès. Au Brésil, le suicide d'une jeune fille de 17 ans, fin 2013, a choqué le pays, selon Buzzfeed (en anglais), et provoqué une campagne pour la criminalisation de ces pratiques, portée notamment par l'ancienne star du football Romario.

Dans un registre moins tragique, ces images compromettantes peuvent avoir des conséquences professionnelles graves, à l'image de cette professeure d'un lycée chrétien aux Etats-Unis suspendue sous la pression des parents après la découverte de photos d'elle nue sur le site The Dirty. Dans l'affaire jugée jeudi 3 avril à Metz, la plaignante, également enseignante, avait appris de la bouche de ses élèves la présence des photos incriminées sur Facebook.

5 000 euros de dommages et intérêts en France

Devant des situations parfois dramatiques et la difficulté pour les victimes de faire valoir leurs droits, la machine législative s'est mise en marche aux Etats-Unis : l'Utah est récemment devenu le sixième Etat à adopter une loi punissant spécifiquement le "revenge porn", et une vingtaine d'autres ont des textes en préparation d'après le site Gawker. S'ils ne punissent que le premier diffuseur de la photo, les patrons des sites qui regroupent ses images sont aussi assigné en justice : Kevin Bollaert a dû s'acquitter de près de 400 000 dollars de dommages et intérêts pour diffusion de pornographie infantile étant donné que la victime était âgée de 17 ans. Les principaux sites incriminés ont fermé, mais certains poursuivent encore ouvertement leur activité : quand on cherche "revenge porn" sur Google, le site MyEx.com, dont le slogan clame "vengez-vous !", apparaît dans les premiers résultats.

En France, Mehdi Adjami, l'avocat du prévenu messin, contacté par francetv info, estime que la condamnation de son client à 5 000 euros de dommages et intérêts et douze mois de prison avec sursis "pourrait faire jurisprudence". Mais "il faut créer un cadre légal spécifique", juge-t-il. Les magistrats ont justifié la condamnation par l'article 226-1 du Code pénal qui réprime le fait d'enregistrer ou de transmettre, "sans le consentement de celle-ci, l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé". En clair, comme l'explique l'avocat et blogueur Me Ribaut-Pasqualini, des images pornographiques prises dans un lieu public tel un "décor naturel" seraient diffusables en toute impunité. Si pour l'instant les procès pour diffusion de "revenge porn" en France se comptent sur les doigts d'une main, Mehdi Adjami craint que ces cas récents "donnent des idées" à d'autres. Et créent, comme aux Etats-Unis, un problème de société.