La faillite de Detroit en cinq chiffres

Exil de la population, taux de chômage et de criminalité records… Cinq chiffres qui témoignent de la lente agonie de "Motor City".

Detroit a perdu la moitié de sa population en soixante ans. Les maisons se vident et les acheteurs potentiels se font rares.
Detroit a perdu la moitié de sa population en soixante ans. Les maisons se vident et les acheteurs potentiels se font rares. (REBECCA COOK / REUTERS)

Mis à jour le , publié le

C'est l'ultime étape d'une lente agonie. La ville de Detroit (Michigan), berceau de l'industrie automobile américaine, est devenue, jeudi 18 juillet, la plus grande ville américaine à se déclarer en faillite, selon des documents judiciaires consultés par l'AFP. "Je prends cette décision difficile afin que les habitants de Detroit aient accès aux services publics les plus élémentaires et pour que Detroit reparte sur de solides bases financières qui lui permettront de croître à l'avenir", a expliqué Rick Snyder, le gouverneur de l'Etat du Michigan, dans un communiqué.

C'est la "seule option pour s'attaquer à un problème qui n'a fait que s'amplifier ces soixante dernières années", a-t-il déclaré. "La mise en faillite est l'unique solution qui permettra à Detroit de redevenir stable et viable".

Etendard de l'automobile triomphante au début du XXe siècle, Detroit est devenue, au fil d’une longue agonie, une ville criblée de dettes, désertée et minée par la criminalité. Retour en cinq chiffres sur la faillite de "Motor City".

Soixante ans de déclin

La faillite de Detroit reflète la déliquescence de l'industrie automobile, qui a fait la gloire et la richesse de la ville autrefois. Berceau des "Big Three" (Ford, Chrysler et General Motors), la ville a lié son destin à celui de la voiture. Les premiers signes de déclin sont apparus dans les années 50, puis se sont accélérés à coup de crises successives. "Dans les années 1950, les Big Three ont entrepris avec détermination de disséminer leurs activités aux quatre coins du pays pour rapprocher la production des marchés locaux (…) Leur départ s'est accéléré après que de nouvelles politiques fédérales ont, dans les années 1970 et 1980 notamment, contraint les municipalités et les Etats à se faire concurrence pour créer des emplois", explique le Los Angeles Times, traduit par le Courrier International. Puis est venue la crise de 2008, et avec elle la banqueroute de Chrysler et General Motors, qui ont achevé de vider les usines.

Une dette de 18,5 milliards de dollars

Plus de 18 milliards de dollars, soit 14 milliards d'euros. C'est ce que doit la ville à ses créanciers. Acculée, la municipalité avait prévenu en juin qu'elle serait obligée de faire défaut sur une partie de cette somme. C'est à présent officiel. La Maison Blanche lui a apporté son soutien : "Si les dirigeants sur le terrain au Michigan et les créanciers de la ville savent qu'ils doivent trouver une solution aux graves difficultés financières de Detroit, nous sommes engagés à poursuivre notre partenariat robuste avec (elle) au moment où elle œuvre à reprendre le dessus, se revitaliser et maintenir son rang parmi les villes américaines de premier plan", a-t-elle déclaré dans un communiqué. 

La moitié de la population exilée

Detroit est ce que les Américains appellent une "shrinking city", une ville qui rétrécit. En soixante ans, sa population a diminué de 60%. Elle est passée de 1,8 million d'habitants en 1950 à 706 000 aujourd'hui. Avec ses 78 000 bâtiments à l'abandon, Detroit ressemble de plus en plus à une ville fantôme. "Les bâtiments industriels sont en ruine et on ne compte plus les maisons abandonnées, quand elles ne sont pas brûlées par des dealers", raconte une journaliste de RFI. Ses résidences désertées et ses paysages post-apocalyptiques ont été immortalisés par de nombreux photographes.

La gare abandonnée de Detroit (au fond), photographiée depuis une rue de la ville.
La gare abandonnée de Detroit (au fond), photographiée depuis une rue de la ville. (JON SHIREMAN / THE IMAGE BANK / GETTY IMAGES)

 Plus de la moitié des résidents sans emploi

Avec les fermetures d’usines, des dizaines de milliers d’emplois ont été détruits. Même si Ford et General Motors vont mieux qu’en 2008, l’emploi n’est pas reparti à la hausse. Le taux de chômage officiel est de 18,6%, rapporte le Washington Post (en anglais), qui note qu'en réalité "moins d’un résident de plus de 16 ans sur deux travaille". Et qui dit chômage dit salaires faibles, donc impôts sur le revenu quasi inexistants dans les caisses municipales.

379 meurtres en 2012

Conséquence de la crise économique et sociale qui frappe la métropole, le taux de criminalité bat des records. En 2012, 379 homicides ont été recensés à Detroit, selon le Huffington Post (en anglais). C'est 10% de plus qu'en 2011. Ce qui fait de "Motor City" la deuxième ville de plus de 200 000 habitants la plus dangereuse des Etats-Unis, après la Nouvelle Orléans.

Une insécurité renforcée par la médiocrité de ses services municipaux : la police met en moyenne 58 minutes pour arriver lorsqu'elle est appelée, contre 11 minutes au niveau national. La municipalité n'est pas en mesure d'assurer l'éclairage public dans de nombreux quartiers et 40% des lampadaires sont en panne. Enfin, seul un tiers des ambulances fonctionnent, faute d'argent pour les entretenir.