A moins d’un mois de la primaire républicaine, les candidats à la présidentielle américaine du "Grand Old Party" font les choux gras de la presse, et parfois même de leurs concurrents, pour leurs déclarations tantôt provocantes, tantôt aberrantes.

Newt Gingrich, le spontané

Newt Gingrich, samedi 10 décembre 2011 à Des Moines, Iowa (Etats-Unis).
Newt Gingrich, samedi 10 décembre 2011 à Des Moines, Iowa (Etats-Unis). (KEVORK DJANSEZIAN / AFP)

Favori des derniers sondages, Newt Gingrich, 68 ans, savoure son retour en force.  Lâché par son équipe électorale en juin, on le disait fini. C’était sans compter sur les gaffes de ses concurrents.

Conservateur mais volage, Gingrich divorce en 1980 de sa femme, traitée à l’hôpital pour un cancer. Il quitte sa deuxième épouse en 2000 pour convoler avec son assistante, de plus de vingt ans sa cadette. Le parti goûte peu ce genre de butinages pas très catholiques.

Lobbyiste acéré, on l’accuse de militer pour ses propres intérêts financiers. Ron Paul, concurrent républicain, le taxe même d’"hypocrite en série" dans une vidéo publiée sur YouTube le 30 novembre, l’accusant de se contredire régulièrement.

Newt Gingrich milite pour l’assouplissement des lois sur l'emploi des enfants, lois qu’il a qualifiées de "stupides". Il affirme même que les jeunes issus de quartiers défavorisés n’ont pas l’habitude d'avoir une activité rémunérée, à moins qu’il ne s’agisse d’une activité criminelle. Et d’ajouter : "Personne ne travaille dans leur entourage, donc ils ne savent pas ce que signifie se lever le lundi pour aller travailler." Le candidat républicain avait aussi gentiment conseillé aux manifestants d'Occupy Wall Street de "trouver un job, mais après avoir pris un bain".

Plus récemment, il s’en est pris aux Palestiniens, un peuple "inventé", a-t-il assuré le 9 décembre. Le lendemain, il ajoutait : "Ces gens sont des terroristes. Ils enseignent le terrorisme dans leurs écoles."

Rick Perry, le roi du "oups"

Rick Perry, le 7 décembre 2011 à Washington (Etats-Unis).
Rick Perry, le 7 décembre 2011 à Washington (Etats-Unis). (JIM WATSON / AFP)

Gouverneur du Texas depuis onze ans, Rick Perry était jusqu’à peu l’un des favoris de la primaire républicaine. Mais ses gaffes et ses provocations ont refroidi même ses supporters.

Soupçonné d’affaires louches par de nombreux médias, Perry n'est pas le dernier à qualifier le réchauffement climatique de manipulation et à affirmer que la marée noire de 2010 au large du golfe du Mexique est "l'œuvre de Dieu".

En 2009, devant des membres du Tea Party, mouvement contestataire qui s’oppose à l’Etat fédéral et, par extension, au gouvernement Obama, il s’adresse ainsi à son audience : "Je ne suis pas certain que vous soyez un tas d’extrémistes de droite, mais si c’est le cas, nous sommes avec vous !"

Mais le 9 novembre 2011, c’est la catastrophe. Lors d’un débat télévisé, il évoque une mesure-phare de son programme, la suppression de trois agences gouvernementales : "Le commerce, l’éducation, et… quelle est la troisième déjà ?" Incapable de la citer, Perry clôt son intervention par un "oups" fatal, devant une salle hilare.

Fin novembre, devant des étudiants, il déclare : "A ceux d'entre vous qui auront 21 ans d'ici le 12 novembre, je demande votre soutien et votre vote." Sauf que l'âge légal pour voter est de 18 ans aux Etats-Unis. Quant à l'élection présidentielle, elle est prévue pour le 6 novembre 2012.

Dernier malaise en date, une vidéo de campagne postée le 6 décembre, dans laquelle, proclamant sa foi chrétienne, il déclare : "Quelque chose va mal dans notre pays lorsqu'on voit que des gays peuvent ouvertement servir dans l'armée alors que nos enfants ne peuvent même pas fêter Noël ou prier à l'école." Une vidéo beaucoup parodiée, mais surtout, des propos homophobes aussitôt dénoncés par de nombreux soutiens et candidats républicains.

Michele Bachmann, la nouvelle Sarah Palin

Michele Bachmann, samedi 10 décembre 2011 à Des Moines, Iowa (Etats-Unis).
Michele Bachmann, samedi 10 décembre 2011 à Des Moines, Iowa (Etats-Unis). (KEVORK DJANSEZIAN / AFP)

Surnommée la "Sarah Palin 2.0" pour ses talents de gaffeuse, c’est grâce à Michele Bachmann que le Tea Party cher à son "modèle" fait son entrée au Congrès, en novembre 2010.

Sa cible préférée : les homosexuels. Lors d’une conférence, en 2004, elle affirme que l’homosexualité s’apparente au "bondage" et "à Satan", et regrette que "l’on donne une bonne image des homos". Et d’illustrer son propos : "(…) prenez une image du Roi Lion, par exemple, et l’instituteur dirait (à sa classe de CE1) ‘Vous saviez que la musique de ce film a été composée par un homo ?’ Le message, c’est : 'je fais tout mieux que personne, parce que je suis homo'."

Tout ça ne l’empêche pas de se prononcer, comme en 2008, sur le réchauffement climatique, qu’elle qualifie de "canular". Ou bien de trouver "intéressant" que les épidémies de grippe porcine aient eu lieu sous les présidences démocrates de Jimmy Carter et Barack Obama.

Fin août 2011, elle assure que l’ouragan Irene, responsable d'inondations et de dizaines de morts sur la côte Est, est un châtiment divin pour attirer l’attention des politiciens sur les problèmes des Américains.

Enfin, le 30 novembre dernier, interrogée sur la crise entre Londres et Téhéran après l'invasion de l'ambassade britannique en Iran, elle déclarait solennellement : "Si j'étais présidente, il n'y aurait pas d'ambassade américaine à Téhéran". Une ambassade fermée depuis 1979.

Mitt Romney, le vétéran

Mitt Romney, le 9 décembre 2011 à Cedar Rapids, Iowa (Etats-Unis).
Mitt Romney, le 9 décembre 2011 à Cedar Rapids, Iowa (Etats-Unis). (KEVORK DJANSEZIAN / AFP)

Placé derrière Newt Gingrich dans les sondages, Mitt Romney, considéré comme modéré, a lui appris de ses nombreuses erreurs durant la dernière campagne présidentielle.

En 2007, l’ancien gouverneur du Massachusetts évoquait par exemple une loi française qui n’existe pas : "En France, par exemple, on m’a dit qu’il était fréquent de signer un contrat de mariage sur sept années, et où chacune des parties est libre de passer à autre chose à la fin de ce terme."

Ou, façon Sarkozy, qui assurait avoir assisté à la chute du mur de Berlin, Romney affirmait avoir vu son "père marcher avec Martin Luther King Jr." en juin 1963. Les historiens démentent. Quelques jours plus tard, un porte-parole du candidat explique que papa Romney pouvait, peut-être, ne pas avoir défilé avec King le même jour, ni au même endroit.

Toujours en 2007, Romney a jugé bon de rappeler, dans un discours sur l’énergie, qu’Hitler n’avait pas eu que des mauvaises initiatives : "Le charbon liquide, bon sang. Hitler, pendant la Seconde Guerre mondiale (…) a liquéfié le charbon. C’est une technologie qui existe toujours." Une référence pas du meilleur goût.

Herman Cain, le candidat déchu

Herman Cain, le 2 décembre 2011 à Rock Hill, Caroline du Sud (Etats-Unis).
Herman Cain, le 2 décembre 2011 à Rock Hill, Caroline du Sud (Etats-Unis). (DAVIS TURNER / AFP)

En tête des sondages avec Mitt Romney en septembre-octobre, Herman Cain, qui cumulait depuis l’automne les accusations de harcèlement sexuel (quatre jusqu’à présent), a jeté l’éponge le 3 décembre après qu’une femme a déclaré à la télé américaine avoir été sa maîtresse ces treize dernières années.

Sa faiblesse (en plus des femmes), c’est l'actualité internationale. En octobre dernier, sur la chaîne PBS, il mettait en garde contre la "menace militaire" chinoise, car, affirmait-il, Pékin "essaie de développer une capacité nucléaire". En fait, les Chinois possèdent l'arme atomique depuis 1964.

Interrogé sur la situation en Libye, la même semaine, il se montre d’abord incapable de répondre à la question "êtes-vous d’accord avec le président Obama sur la Libye ?", puis évoque les "talibans (qui) vont faire partie du nouveau gouvernement"

Ce sont les démocrates qui se frottent les mains. Barack Obama est toujours en tête des sondages qui le confrontent aux républicains, et le Grand Old Party a bien du mal à faire émerger une candidature crédible.