Des étendues glacées de l'Alaska aux villes bourgeoises du Massachusetts, des dizaines de milliers de sympathisants du parti républicain votent mardi 6 mars pour désigner le futur adversaire de Barack Obama à la présidentielle. Pas moins de 437 délégués sont en jeu lors de ce "Super Tuesday". Dix Etats organisent leur primaire lors d'une seule et même journée : l'Alaska, la Géorgie, l'Idaho, le Massachusetts, le Dakota du Nord, l'Ohio, l'Oklahoma, le Tennessee, le Vermont et la Virginie.

Les quatre candidats encore en lice, Mitt Romney, Rick Santorum, Newt Gingrich et Ron Paul, avalent les kilomètres depuis des jours pour y glaner les électeurs indécis. Mais un Etat en particulier fait l'objet de toutes les attentions : l'Ohio. Pourquoi est-il la vedette incontestée de ce "Super Tuesday" ?

• Parce que c'est une terre à prendre

Avec 66 délégués contre 76 pour la Géorgie, l'Ohio n'est que le deuxième prix de la journée si on se réfère au nombre de voix en jeu. Mais la Géorgie est le fief électoral de Newt Gingrich, qu'il a représenté au Congrès pendant vingt ans, de 1979 à 1999. Les sondages compilés par RealClearPolitics lui donnent environ vingt points d'avance sur son plus proche concurrent, Mitt Romney. 

Dans l'Ohio, par contraste, la course reste ouverte. Mitt Romney et Rick Santorum en particulier ont chacun leur carte à jouer. L'électorat populaire des "cols bleus" et des zones rurales y est plutôt favorable à Rick Santorum. Mais Mitt Romney espère séduire Cleveland et Colombus, les deux plus grandes villes de l'Etat, et leurs banlieues. Son avantage financier lui a permis de matraquer l'Etat de messages publicitaires. Les deux adversaires font à peu près jeu égal dans les sondages.

• Parce qu'il jouera un rôle-clé dans l'élection présidentielle

Aucun candidat républicain n'a jamais gagné la présidentielle sans avoir remporté l'Ohio. Cette réalité historique résume bien le caractère stratégique de l'Etat pour l'élection générale qui se tiendra le 6 novembre. L'Ohio est le "swing State" par excellence, un de ceux que les républicains devront arracher à Obama pour espérer le vaincre.

Pour ces derniers, il est donc très important d'avoir un candidat capable de mobiliser les électeurs de cet Etat-clé. Ceux qui aimeraient que la course se termine rapidement y voient la possibilité d'un arbitrage.

• Parce qu'il peut permettre de faire le ménage dans les candidats

Rick Santorum en particulier joue gros. L'Ohio est une étape d'autant plus délicate pour lui qu'il part avec un handicap : faute d'avoir rempli les formalités nécessaires dans six comtés de l'Etat, 18 délégués sur les 66 lui sont inaccessibles. Ses soutiens tentent de minimiser l'impact d'une éventuelle défaite. Rick Santorum "n'est pas dans l'obligation de gagner l'Ohio", martèle ainsi le procureur général de l'Etat, Mike DeWine, dans Politico (en anglais). "Il ne se retirera pas s'il ne gagne pas l'Ohio, pour l'amour du ciel. Nous avons une longue, longue route devant nous." 

Mais certains dans le camp républicain ne sont pas de cet avis. Pour le stratège Karl Rove, qui ne supporte officiellement aucun candidat mais semble pencher pour Mitt Romney, la primaire dans l'Ohio pourrait enfin permettre à l'ex-gouverneur du Massachusetts de se débarrasser de son rival ultraconservateur.

"M. Romney peut se permettre de perdre l'Ohio tant qu'il remporte davantage de délégués sur l'ensemble du 'Super Tuesday'", affirme-t-il dans une tribune au Wall Street Journal (en anglais). "En toute lucidité, ce sera la fin de la route pour la candidature de M. Santorum s'il perd l'Etat aux marronniers [symbole officiel de l'Ohio], même s'il pourrait survivre quelques semaines."