"Ich bin ein Berliner" : après l'attaque contre un marché de Noël, les internautes citent John Kennedy

Ce n'est pas "Je suis Berlin", mais bien la citation "Je suis un Berlinois", de John Fitzgerald Kennedy, qui a été reprise des dizaines de fois, au lendemain de l'attaque qui a fait au moins 12 morts à Berlin.

Ce dessin réalisé par Ben Cuvelier a été très partagé lundi 19 décembre 2016 après l\'attaque à Berlin.
Ce dessin réalisé par Ben Cuvelier a été très partagé lundi 19 décembre 2016 après l'attaque à Berlin. (BEN CUVELIER)
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Camille CaldiniFrance Télévisions

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"Ich bin ein Berliner" ("Je suis un Berlinois") est devenu le slogan de solidarité avec les victimes de l'attaque perpétrée à Berlin (Allemagne), lundi 19 décembre, choisi spontanément par les internautes et repris des dizaines de fois depuis. Vous la connaissez sûrement déjà : cette expression est signée de l'ancien président américain John Fitzgerald Kennedy, venu à Berlin, alors divisée par un mur, en 1963. Franceinfo vous explique l'histoire de cette petite phrase devenue très célèbre (et accusée à tort d'être grammaticalement fausse).

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"Je suis un Berlinois"

Berlin-Ouest, le mercredi 26 juin 1963. John Fitzgerald Kennedy est le premier président américain à fouler le sol de l'ancienne capitale du Reich, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pendant cette courte visite (moins de huit heures), il prononce une petite phrase improvisée en allemand : "Ich bin ein Berliner" ("Je suis un Berlinois"). Elle entre immédiatement dans l'histoire. Prononcée à la frontière entre les blocs de l'Est et de l'Ouest, en pleine guerre froide, elle fait presque oublier le reste du discours virulent de JFK à l'égard des communistes. 

A 11h35, Kennedy arrive face à la porte de Brandebourg, qui se trouve derrière le mur, côté est. Une estrade est installée, pour permettre au président américain d'admirer le monument et Berlin-Est qui s'étend derrière. Mais la vue est bouchée par de grandes tentures rouges et un drapeau de la République démocratique allemande (RDA). Ainsi, JFK ne peut pas ignorer la longue pancarte jaune installée entre le mur et la porte. Les Etats-Unis sont accusés de ne pas avoir respecté leurs engagements sur la démilitarisation et la dénazification de l'Allemagne de l'Ouest. "Quand [ces exigences] seront-elles satisfaites en Allemagne de l'Ouest et à Berlin-Ouest, monsieur le président Kennedy ?"

Le président Kennedy (de dos, au centre), face à la porte de Brandebourg, à Berlin (Allemagne), le 26 juin 1963.
Le président Kennedy (de dos, au centre), face à la porte de Brandebourg, à Berlin (Allemagne), le 26 juin 1963. (DPA / AFP)

Même scénario lorsque JFK visite Checkpoint Charlie, seul point de passage ouvert entre les deux côtés de la ville. Un autre panneau jaune exige "la conclusion d'un traité de paix allemand et la transformation de Berlin-Ouest en une ville neutre et libre". Dans les reportages de l'époque, Kennedy dissimule toute réaction aux interpellations des Soviétiques. Il se réserve pour son discours.

"Ish been ein Bearleener"

A 12h50, JFK arrive à la mairie de Schöneberg, un quartier du sud-ouest de Berlin. Sur la place Rudolph-Wilde, quelque 400 000 personnes attendent son discours. Mais Kennedy est en train d'y apporter quelques modifications. Le jeune président n'est pas aussi germanophone que De Gaulle, et ne veut pas risquer de se ridiculiser. Il a renoncé, en préparant son voyage, à tenir tout un discours dans cette langue qu'il ignore. JKF demande alors à son traducteur comment dire "Je suis un Berlinois". Il note ensuite, en phonétique, "Ish bin ein Bearleener", ainsi que la citation en latin à laquelle il fait allusion (Civis romanus sum, "je suis un citoyen romain").

Note de John F. Kennedy pour son discours de Berlin (Allemagne), le 26 juin 1963.
Note de John F. Kennedy pour son discours de Berlin (Allemagne), le 26 juin 1963. (JOHN F. KENNEDY PRESIDENTIAL LIBRARY AND MUSEUM)
 

Dans l'extrait suivant, on peut d'ailleurs le voir jeter un coup d'œil furtif à ses notes, pour en vérifier la prononciation.

"Je suis un beignet" ?

Cette petite phrase n'a pas seulement permis à JFK d'être longuement applaudi ce jour-là. Elle a aussi amusé les caricaturistes américains et longtemps été considérée comme une drôle de faute grammaticale. Des mauvaises langues assurent que "Ich bin ein Berliner" signifierait "je suis un beignet" et que JFK aurait dû dire "Ich bin Berliner". Les médias de l'époque s'en sont délectés, mais la grammaire allemande autorise la formulation employée par le président américain. D'autant plus que la version "Ich bin Berliner" aurait donné l'impression qu'il se présentait comme originaire de Berlin, effaçant l'effet de style recherché.

En 2016, des internautes (surtout des Français) se moquent toujours de JFK.

"Nous sommes du bouillon, nous sommes Berlin"

D'autres hommes politiques, après JFK, ont rêvé de marquer l'histoire avec une déclaration aussi efficace. Nicolas Sarkozy, par exemple, en 2009, pour la célébration des 20 ans de la chute du mur de Berlin, s'est essayé à la langue allemande. Avec moins de succès. Voulant trouver sa propre formule, l'ancien président de la République a maladroitement lancé : "Nous sommes du bouillon, nous sommes Berlin." Sa langue a fourché et il a confondu "Brüder" qui signifie "frères" avec "Brühe", que l'on peut traduire par "bouillon" ou "jus de chaussette".