Au soir du second tour de l'élection présidentielle en France, dimanche 6 mai, Paul Krugman, prix Nobel de l'économie américain, s'était félicité dans The New York Times (lien en anglais) de la victoire de la croissance contre l'austérité, une "leçon" donnée par les peuples européens aux marchés. 

Depuis, l'administration Obama n'a cessé de montrer sa convergence de vues avec François Hollande. Pour le président américain, le sommet du G8, qui regroupe les huit pays les plus industrialisés et qui s'ouvre vendredi 18 mai à Camp David (Etats-Unis), sera l'occasion d'encourager les Européens à agir davantage en faveur de la croissance. Et Barack Obama compte bien s'appuyer sur son nouvel homologue français pour y parvenir. Contre la chancelière allemande Angela Merkel ?

Les Etats-Unis favorables à un plan de relance en Europe

Les dirigeants du Vieux Continent feraient mieux de suivre l'exemple américain et d'adopter des plans de relance, selon Barack Obama. Le président des Etats-Unis a clairement rappelé son point de vue sur la crise européenne le 11 mai. Puis la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, l'a répété mercredi 16 mai dans une interview à USA Today (lien en anglais) : "Le président Obama et [son] équipe économique expliquent depuis un certain moment que la croissance doit être intégrée dans le redressement de l'Europe." "Notre point de vue reste qu'il faut des ajustements à l'austérité, pour qu'il y ait de la croissance, à la fois pour des raisons économiques et politiques", a-t-elle poursuivi. 

Si l'administration Obama est préoccupée par la crise en Europe, c'est parce qu'elle "peut ralentir l'économie américaine et menacer la réélection du président Obama"relève l'agence de presse américaine AP (lien en anglais). Barack Obama a toujours défendu ce credo. Cette fois, il espère s'appuyer sur le président français pour défendre ses idées contre l'austérité jusque-là soutenue par le couple "Merkozy".

Les président français et américain portent-ils les mêmes idées ?

"Je plaisante depuis un moment sur le fait que le président Obama est le dernier président keynésien. Mais [avec l'élection de Hollande], ce n'est peut-être plus le seul", indique Mark Mardell, éditorialiste de la BBC en Amérique du Nord, dans un article intitulé "Monsieur Hollande : le nouvel ami de Obama" (lien en anglais). Peu après sa prise de fonctions en janvier 2009, Barack Obama avait promulgué un plan de relance - application principale de l'économie keynésienne - de près de 800 milliards de dollars. Le président français se prononce pour le même type de relance économique pour l'Europe. Pour y parvenir, il propose notamment la création d'eurobonds, c'est-à-dire la mutualisation de la dette européenne.

"Obama continue à croire en l'efficacité d'un plan de relance de type keynésien, Hollande a promis le même type de plan : ils ont la même vision sur la manière d'obtenir plus de croissance. Il est donc normal qu'ils affichent leurs convergences sur ce point", analyse Florin Aftalion, professeur d'économie à l'Essec Business School à Paris, contacté par FTVi.

"Obama et Hollande ont des atomes crochus sur les principes généraux. Mais dans le détail, la comparaison est difficile", ajoute-t-il. Exemple : pour relancer la croissance, Washington a aussi en tête des réformes du marché du travail dans les pays de la zone euro où la croissance s'est évanouie et où la productivité est insuffisante. "Sur ce point, ils sont en parfaite harmonie avec Berlin et moins avec le nouvel exécutif français", analyse Le Figaro.

La position de Hollande et d'Obama n'est donc pas tout à fait la même. Mais leur alliance est de circonstance pour "sauver" la Grèce, dont la sortie de la zone euro menacerait la stabilité du continent européen. 

Hollande et Obama "alliés", Merkel isolée ?

De fait, "la chancelière allemande Angela Merkel risque d'être isolée pendant le sommet du G8 alors que les leaders mondiaux plaideront pour des mesures qui stimulent la croissance en Europe", analyse le Financial Times (article en anglais réservé aux abonnés).

Mais se brouiller avec Berlin irait à l'encontre des intérêts du président américain. "Bien que les idées de Hollande répondent aux arguments économiques d'Obama aux Etats-Unis, la Maison Blanche n'a pas l'intention de tirer profit des divergences entre Hollande et Merkel lors du sommet du G8 à Camp David", rapporte le Washington Post (lien en anglais).

Toutefois, cette attitude vaut surtout pour les questions économiques. Les Etats-Unis trouveront en Berlin un allié de poids sur d'autres dossiers. Notamment sur le retrait des troupes internationales d'Afghanistan : comme les Etats-unis, Angela Merkel appelle à respecter le calendrier. Tandis que François Hollande a fait part de son intention d'accélérer le retrait des troupes françaises dès la campagne présidentielle.